Le nucléaire suisse à nouveau soumis au verdict des urnes
Le référendum contre la levée de l’interdiction de bâtir de nouvelles centrales a réuni plus de 125 000 signatures. Le vote portera sur l’orientation future de la stratégie énergétique.
·

L’essentiel
- Plus de 125 000 signatures ont été annoncées contre la levée de l’interdiction de nouvelles centrales nucléaires.
- Après validation des signatures, une votation devrait porter sur le maintien ou l’abrogation de cette interdiction.
- Le scrutin ne déciderait pas de construire une centrale, mais de rendre de nouveaux projets légalement possibles.
- Les opposants défendent les renouvelables et invoquent les choix populaires de 2017, 2023 et 2024.
La Suisse devrait voter sur la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires. Le comité référendaire opposé à cette ouverture affirme avoir récolté plus de 125 000 signatures en trois mois contre le projet adopté par les Chambres fédérales durant leur session d’été.
Les signatures doivent encore être contrôlées par la Chancellerie fédérale. Cette validation est nécessaire avant la fixation officielle d’une votation. Mais le seuil annoncé rend très probable la tenue du scrutin.
Ce que changerait le vote
Le texte attaqué est le contre-projet indirect du Conseil fédéral à l’initiative populaire « Stop au blackout » (« De l’électricité pour tous en tout temps »). Accepté par le Parlement, il prévoit d’abroger l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires en Suisse.
Le référendum ne décide donc pas la construction d’une centrale, ni son emplacement, ni son financement. Il tranche d’abord une question de principe : faut-il maintenir l’interdiction actuelle ou permettre à nouveau de tels projets ?
En cas de rejet du projet parlementaire, l’interdiction resterait en place. En cas d’acceptation, la voie légale serait rouverte, sans qu’aucun projet concret de centrale ne soit détaillé dans les informations disponibles. Les conditions économiques, techniques et politiques d’une éventuelle construction resteraient donc à préciser.
Deux lectures de la sécurité d’approvisionnement
Le débat mettra aux prises deux priorités énergétiques. Le Parlement et le Conseil fédéral ont choisi, avec leur contre-projet, de rouvrir l’option nucléaire dans le cadre de la discussion sur la sécurité de l’approvisionnement électrique.
La coalition « Non aux nouvelles centrales nucléaires » estime au contraire que cette solution comporte des coûts et des risques trop élevés. Elle critique aussi une dépendance aux importations d’uranium, évoquant notamment la Russie.
Les opposants défendent la poursuite du développement des énergies renouvelables locales. Ils soulignent que le solaire, l’éolien et l’hydraulique couvrent une part croissante des besoins du pays. Leur argument est que la stratégie engagée produit déjà ses effets sans retour au nucléaire.
Les sources ne chiffrent ni le coût d’éventuelles nouvelles centrales, ni leur contribution attendue à l’approvisionnement, ni le calendrier auquel elles pourraient entrer en service. Ces éléments seront décisifs pour apprécier ce que rouvrir l’option nucléaire apporterait concrètement.
Un désaccord sur le mandat populaire
La coalition réunit les Vert-e-s, le Parti socialiste, le Parti vert’libéral, une partie du Centre et une trentaine d’organisations, dont l’ATE, le WWF, Greenpeace, Pro Natura et Swissolar.
Elle considère que le projet parlementaire contredit les choix déjà faits par les électeurs. Elle renvoie à l’adoption de la Stratégie énergétique 2050 en 2017, de la loi sur la protection du climat en 2023 et de la loi sur l’électricité en 2024. Ces trois scrutins sont présentés par le comité comme des validations successives d’une trajectoire fondée sur les renouvelables.
Le référendum ramène ainsi la décision au peuple sur un point que le Parlement a voulu modifier : la place que le pays souhaite laisser au nucléaire dans son arsenal énergétique. Il ne départagera pas seulement deux technologies. Il dira si la sécurité d’approvisionnement doit inclure la possibilité de nouvelles centrales, ou si la Suisse veut continuer à exclure cette voie au profit des renouvelables.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


