Un rapport onusien conteste la légalité des frappes américaines en mer
Le rapporteur spécial Ben Saul estime que les opérations américaines contre des embarcations suspectées de trafic violent le droit à la vie. Il juge qu’elles pourraient relever de crimes contre l’humanité.
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L’essentiel
- Le rapporteur spécial Ben Saul juge que 68 frappes américaines ayant causé 223 morts pourraient constituer des crimes contre l’humanité.
- Il conteste l’argument de légitime défense, faute selon lui d’attaque armée contre les États-Unis.
- Washington affirme viser des réseaux de trafic, mais n’a pas rendu publics les éléments détaillés justifiant les frappes.
- Le rapport n’entraîne pas automatiquement de sanction, mais il renforce la contestation juridique et diplomatique de l’opération.
Le rapporteur spécial des Nations unies Ben Saul met directement en cause la base juridique des frappes américaines visant des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique.
Dans une note destinée au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, il estime que ces opérations, menées hors des eaux territoriales américaines depuis septembre 2025, constituent des exécutions extrajudiciaires répétées. Il considère qu’elles ne sont justifiées ni par la légitime défense, ni par le droit des conflits armés, ni par le droit de la mer, les conventions antidrogue ou les règles internationales antiterroristes.
Le rapport recense 68 frappes et 223 morts. Ben Saul estime qu’il existe des motifs raisonnables de penser que ces faits pourraient constituer des crimes contre l’humanité de meurtre au regard du droit international coutumier, c’est-à-dire de règles considérées comme applicables aux États même hors d’un traité particulier.
La légitime défense au cœur du désaccord
Washington présente l’opération, baptisée Southern Spear, comme une action contre des « narcoterroristes » et contre l’arrivée de drogue sur le territoire américain. Le président Donald Trump a invoqué la légitime défense face à des organisations désignées comme terroristes.
Le rapporteur rejette ce raisonnement. Même si les équipages visés appartenaient à de tels groupes, écrit-il en substance, ces organisations n’auraient pas lancé d’attaque armée contre les États-Unis. Or c’est ce seuil qui, selon lui, pourrait ouvrir un droit à la légitime défense.
Il ajoute que les équipages n’étaient pas militairement armés et ne disposaient ni de l’intention ni des moyens de conduire une attaque militaire contre les États-Unis. Le cœur de son reproche porte donc moins sur la lutte contre le trafic de drogue que sur le recours à une force létale contre des personnes qui n’auraient pas représenté une menace armée immédiate.
Des bilans et des preuves contestés
Le dernier raid annoncé par le commandement américain pour l’Amérique du Sud et les Caraïbes a fait quatre morts samedi dans les Caraïbes. L’armée américaine affirme que le bateau opérait sur une route connue du trafic et que des renseignements confirmés établissaient son implication.
Mais les autorités américaines n’ont pas identifié les personnes tuées ni détaillé les éléments de renseignement invoqués. Depuis le début de l’opération, les responsables américains n’ont pas non plus fourni de preuve définitive établissant que tous les bateaux ciblés participaient au trafic.
Les chiffres eux-mêmes appellent à la prudence. Le rapport avance 68 frappes et 223 morts, tandis qu’un décompte cité par la Washington Office on Latin America fait état de 66 attaques et 234 morts. La date de mise à jour des données du rapport onusien n’est pas précisée.
Une portée d’abord politique et juridique
La note de Ben Saul n’est pas une décision de justice et ne prononce aucune condamnation. Les sources disponibles ne font état ni d’une procédure internationale engagée ni d’une sanction décidée contre les États-Unis. Le département d’État n’avait pas répondu à une demande de commentaire.
Son effet immédiat est d’élever le différend : il ne porte plus seulement sur l’efficacité de la politique antidrogue américaine, mais sur la conformité même des frappes avec le droit international. Des dirigeants latino-américains avaient déjà critiqué l’opération, notamment parce que leurs ressortissants figuraient parmi les personnes visées. Le rapport fournit désormais une qualification juridique plus grave à ces contestations et place Washington face à la demande de démontrer, opération par opération, la nécessité de ses tirs.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


