Hashim Thaçi condamné à 25 ans pour crimes de guerre à La Haye
L’ancien président kosovar a été reconnu coupable de quatre crimes commis durant et après la guerre. Le verdict ravive un débat sensible sur la guérilla et son héritage politique.
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L’essentiel
- Hashim Thaçi a été condamné à 25 ans de prison pour détention arbitraire, torture, meurtre et traitements cruels.
- Les faits concernent des détenus de la KLA et des civils visés durant et juste après la guerre du Kosovo.
- Le jugement atteint une figure centrale de l’indépendance kosovare, dont les soutiens contestaient la légitimité politique de la procédure.
- Un second procès attend encore l’ancien président pour des accusations d’entrave à la justice.
Les Chambres spécialisées pour le Kosovo, siégeant à La Haye, ont condamné l’ancien président Hashim Thaçi à 25 ans d’emprisonnement pour crimes de guerre. La peine tient compte de la période déjà passée en détention, a précisé le juge président Charles Smith lors de la lecture du verdict.
La juridiction l’a reconnu coupable d’arrestation ou détention arbitraire, de torture, de meurtre et de traitements cruels. Jugé avec trois autres anciens responsables de l’Armée de libération du Kosovo, ou KLA, Hashim Thaçi avait plaidé non coupable. Le parquet avait requis 45 ans de prison pour chacun des quatre prévenus.
Des exactions contre des détenus et des civils
Les faits examinés concernent les centres de détention de la KLA au Kosovo et dans l’Albanie voisine. L’accusation portait également sur des assassinats à motivation politique visant des civils serbes, albanais et roms. L’acte d’accusation couvre la guerre du Kosovo et la période qui l’a immédiatement suivie.
La guerre d’indépendance contre la Serbie a fait environ 13 000 morts. Pour les victimes des crimes retenus et leurs proches, le jugement établit la responsabilité pénale d’un ancien dirigeant qui a ensuite occupé les plus hautes fonctions de l’État. Il ne réduit pas pour autant le dossier à un bilan général de la guerre : les juges ont statué sur des actes précis, qualifiés de crimes de guerre.
La défense avait soutenu que la KLA ne disposait pas d’une chaîne de commandement assez rigide pour que ses dirigeants puissent répondre des actes de combattants sur le terrain. Les procureurs ont, de leur côté, cherché à séparer la légitimité de la lutte pour l’indépendance de l’examen des crimes reprochés aux accusés.
Un choc politique dans un pays où Thaçi reste central
Hashim Thaçi demeure une figure majeure du Kosovo d’après-guerre. Ancien Premier ministre puis président, il a joué un rôle central dans la déclaration d’indépendance de 2008. Il avait quitté la présidence après son inculpation en 2020 et s’était livré à la juridiction, où il est détenu depuis.
Le verdict intervient alors que ses soutiens espéraient son acquittement. Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies à Prishtina avant la décision, et des portraits de l’ancien président étaient régulièrement affichés dans le pays. Le Premier ministre Albin Kurti avait affirmé que la guerre menée par la KLA était une guerre de libération et dit espérer le retour libre de ses dirigeants.
Cette mobilisation montre la difficulté politique du jugement : la condamnation d’un ancien chef de la guérilla est perçue par une partie de l’opinion à travers l’histoire de l’indépendance. Les Chambres spécialisées ont précisément été créées, en droit kosovar mais avec des juges internationaux établis aux Pays-Bas, pour juger des crimes attribués à des membres de la KLA. Des procédures antérieures au Kosovo avaient largement échoué sur fond d’allégations d’intimidation de témoins et d’ingérences politiques.
La décision ne clôt pas les affaires judiciaires visant Hashim Thaçi. Il doit encore être jugé dans un second dossier, pour des accusations d’entrave à la justice. La France a pris acte du verdict et renouvelé son soutien à cette juridiction ainsi qu’à la lutte contre l’impunité.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



