En 2025, 124 défenseurs des terres et de l’environnement ont été tués
Le bilan annuel de Global Witness recense au moins 124 morts en 2025, surtout en Amérique latine. La baisse apparente masque des violences moins visibles et une protection publique souvent défaillante.
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L’essentiel
- Global Witness a documenté au moins 124 assassinats de défenseurs des terres et de l’environnement en 2025, un total probablement sous-estimé.
- L’Amérique latine concentre 85 % des morts, avec la Colombie et le Brésil en première ligne.
- Les conflits fonciers, les industries extractives et le crime organisé se combinent dans de nombreux territoires.
- Des communautés organisent leur propre défense, tandis que les réponses des États restent inégales et parfois contestées.
Au moins 124 personnes défendant leurs terres, leurs forêts, leurs rivières ou leurs modes de vie ont été tuées en 2025, selon le quatorzième rapport annuel de l’ONG Global Witness. Cela représente une baisse après les 196 morts documentées en 2023 et les 142 de 2024. L’ONG appelle toutefois à ne pas y voir une amélioration établie : les cas sont difficiles à recenser dans les zones de guerre ou sous des régimes répressifs.
Depuis le début de ce suivi en 2012, le bilan atteint 2 375 morts et disparitions. Les victimes ne sont pas nécessairement des militants écologistes organisés. Michel Forst, rapporteur spécial de l’ONU sur les défenseurs de l’environnement, décrit aussi des habitants protégeant un village, une forêt ou le droit de vivre sur leurs terres.
Une violence concentrée en Amérique latine
L’Amérique latine a concentré 85 % des morts recensées en 2025. La Colombie arrive en tête avec 39 tués, devant le Brésil avec 26 et le Honduras avec 12. Les Philippines comptent également 12 morts. Près des trois quarts des victimes identifiées sont des autochtones ou de petits agriculteurs.
Les litiges fonciers expliquent la moitié des homicides répertoriés. Ils naissent souvent de l’absence de délimitation claire des territoires ou du non-règlement de revendications anciennes. Les projets miniers, l’exploitation forestière, l’agrobusiness et les barrages exposent aussi les communautés opposées à ces activités. Global Witness relie onze morts à des projets miniers.
Le crime organisé pèse davantage dans cette violence. Plus d’un tiers des assassinats impliqueraient des groupes criminels ou des tueurs professionnels. Le trafic de drogue recoupe les intrusions sur les territoires autochtones, l’exploitation illégale du bois et l’orpaillage clandestin. Dans le bassin péruvien de l’Ucayali, l’ONG évoque une hausse de 600 % de la production de coca entre 2019 et 2023, qui pousse les trafiquants à ouvrir routes et pistes dans la forêt.
Des protections qui restent insuffisantes
La diminution des morts ne signifie pas que la pression baisse. Les campagnes de diffamation en ligne, le harcèlement, les arrestations et la multiplication de procédures judiciaires peuvent réduire au silence sans produire de bilan mortel. Dans plusieurs pays, les organisations civiles et les victimes craignent en outre des représailles si elles signalent les abus, ce qui entretient le sous-recensement.
Face à l’absence ou à la faiblesse de la présence publique, des communautés mettent en place leur propre protection. En Amazonie péruvienne, la garde autochtone kakataibo, créée en 2022, compte désormais plus de 150 volontaires répartis sur dix bases. Six de ses dirigeants ont été tués depuis 2020, selon Global Witness. Au moins une douzaine d’autres communautés péruviennes ont créé des dispositifs comparables. Ces gardes sont elles-mêmes exposées : sept gardes autochtones ont été tués en 2025.
Les réponses institutionnelles apparaissent contrastées. Au Brésil, l’administration de Luiz Inácio Lula da Silva a homologué 17 territoires autochtones depuis janvier 2023, mais Global Witness souligne que des centaines de dossiers restent en attente. Au Honduras, deux lois récentes sont critiquées dans le rapport : l’une élargit la définition des groupes terroristes, l’autre favorise les entreprises agroalimentaires au détriment des droits des habitants locaux.
Aux Philippines, un permis d’exploration minière a été délivré en juin 2025 pour un projet à Kasibu. Des habitants contestent la consultation préalable des populations autochtones, qu’ils jugent trop limitée. Treize personnes arrêtées lors de mobilisations en août ont depuis été relâchées. Ces situations montrent que la protection ne dépend pas seulement de textes ou de consultations formelles, mais de leur application, de l’accès à la justice et de la capacité des autorités à empêcher les pressions criminelles ou économiques sur le terrain.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


