En Syrie, les premiers verdicts testent la justice après les massacres d’Alaouites
Un militaire gouvernemental et deux partisans de l’ancien pouvoir ont été condamnés pour les violences de 2025. Ces quatre premiers cas ouvrent un test encore limité de l’impartialité judiciaire.
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L’essentiel
- Un militaire des forces gouvernementales a été condamné à vingt ans de prison pour meurtre intentionnel.
- Deux accusés présentés comme des partisans de l’ancien pouvoir ont été condamnés à mort et à perpétuité, tandis qu’un quatrième a été acquitté.
- Ces décisions concernent quatre personnes sur quatorze prévenues, alors qu’une commission nationale a identifié 298 suspects.
- Les sources ne précisent ni les preuves examinées ni les garanties de défense, ce qui empêche d’évaluer pleinement l’impartialité des procès.
La justice syrienne a rendu ses premiers verdicts dans le dossier des massacres commis sur le littoral en 2025, où les victimes ont été en grande majorité des civils. Quatre des quatorze personnes jugées à Alep ont connu leur sort le 17 septembre, tandis que la suite des jugements est annoncée pour le 24 septembre.
Un membre des forces relevant du ministère de la Défense a écopé de vingt ans de prison pour meurtre intentionnel, selon le président du tribunal pénal militaire, Zakaria Bakkar. Deux accusés présentés comme des partisans de l’ancien président Bachar al-Assad ont reçu, l’un, une condamnation à mort par pendaison et, l’autre, la réclusion à perpétuité. Un quatrième a été acquitté.
Un signal, mais un bilan judiciaire très partiel
La condamnation d’un militaire des forces gouvernementales est un élément important. Les ONG syriennes et internationales ont rapporté que des forces gouvernementales, des groupes alliés et des volontaires armés avaient participé à des massacres intercommunautaires. Juger un membre de l’appareil militaire, et pas exclusivement des soutiens de l’ancien régime, évite à ce stade l’image d’une justice dirigée contre un seul camp.
L’acquittement d’un accusé rappelle aussi que le tribunal n’a pas prononcé des condamnations contre tous les prévenus. Plusieurs personnes considérées comme proches de l’ancien pouvoir avaient plaidé non coupable lors de l’ouverture du procès. L’une d’elles affirmait alors se trouver au Liban pendant les violences.
Ces éléments ne suffisent toutefois pas à établir que le processus est impartial ni qu’il répondra à l’ampleur des crimes allégués. Les sources ne donnent pas d’information sur les éléments de preuve examinés, les conditions de défense, les voies de recours ou l’exécution éventuelle des peines. Elles ne permettent donc pas de trancher la question de la crédibilité globale de ces procès.
L’écart entre les premiers verdicts et le nombre de personnes mises en cause souligne l’ampleur de la tâche. La commission nationale d’enquête a identifié 298 suspects. Elle attribue au déchaînement de violences au moins 1 426 morts, principalement civils, et 238 morts parmi les forces de sécurité et l’armée. L’Observatoire syrien des droits de l’homme avance pour sa part un bilan proche de 1 700 morts, en très grande majorité alaouites.
Le contrôle des forces reste à démontrer
Selon les autorités, les violences avaient commencé après des attaques de personnes pro-Assad contre leurs forces. Des renforts ont ensuite été déployés dans la région, au nombre d’environ 200 000 combattants d’après la commission nationale d’enquête. Cette présence considérable pose directement la question de la discipline des unités, de leur encadrement et de la capacité de l’État à identifier les responsables au-delà des exécutants.
Le jugement d’un militaire montre que les forces gouvernementales ne sont pas, au moins formellement, hors de portée des tribunaux. Mais un seul cas ne permet pas d’évaluer si les responsabilités seront examinées à tous les niveaux, parmi les forces de l’État comme parmi les groupes armés alliés et les volontaires cités par les ONG.
Pour les Alaouites et d’autres minorités, qui demeurent inquiètes malgré les assurances de protection données par les autorités islamistes arrivées au pouvoir fin 2024, les prochaines audiences seront donc déterminantes. Elles indiqueront si ces verdicts inaugurent une justice capable de traiter l’ensemble des responsabilités, ou seulement une réponse judiciaire encore trop étroite face aux massacres.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

