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En Allemagne, la percée de l’AfD met le cordon sanitaire sous pression

Après son score en Saxe-Anhalt, l’AfD pousse le débat allemand vers la migration et teste le refus des autres partis de gouverner avec elle.

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Affiche électorale de l’AfD
Affiche électorale de l’AfD. Photographie d’archive. Image : Tipp02 (CC BY-SA 3.0)

L’essentiel

  • L’AfD est arrivée en tête en Saxe-Anhalt avec près de 44 % des voix, mais elle manque de trois sièges pour disposer seule de la majorité.
  • Le cordon sanitaire excluant une coalition avec l’AfD est maintenu, mais le parti cherche des soutiens pour faire élire son candidat régional.
  • Friedrich Merz défend plus d’expulsions pour les personnes sans droit durable au séjour, tout en refusant la « remigration » visant largement les étrangers.
  • Les prochains scrutins régionaux doivent montrer si la percée de l’AfD se traduit par de nouvelles impasses de coalition.

La victoire de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt a déplacé le centre de gravité du débat politique allemand. Avec près de 44 % des voix, le parti arrive largement en tête dans ce Land de l’est, tandis que la CDU du chancelier Friedrich Merz tombe à 17,2 % selon la BBC.

L’AfD reste toutefois à trois sièges de la majorité absolue. Son candidat régional, Ulrich Siegmund, ne peut donc pas diriger seul. Mais le résultat place les autres formations devant un choix politique devenu plus difficile à tenir : maintenir leur refus de toute alliance avec l’extrême droite, ou rechercher des arrangements qui lui permettraient d’exercer le pouvoir.

Le cordon sanitaire au test

Jusqu’ici, les partis traditionnels allemands appliquent la *Brandmauer*, littéralement le « mur pare-feu » : aucun accord de coalition avec l’AfD. Cette règle a empêché le parti de gouverner dans l’un des 16 Länder depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’AfD réclame désormais que cette barrière tombe. Elle a indiqué pouvoir envisager une coopération avec une autre formation, notamment l’alliance populiste de gauche BSW, à condition qu’Ulrich Siegmund soit élu ministre-président. Des responsables locaux du parti ont aussi évoqué une entente possible avec la CDU si celle-ci abandonnait le cordon sanitaire.

La CDU dément attendre des défections parmi ses élus. L’incertitude demeure donc sur la formation d’un gouvernement régional. Les sources convergent sur un point : les négociations peuvent durer plusieurs semaines, voire des mois. Entre-temps, le score donne à l’AfD un levier politique sans lui assurer encore l’exécutif régional.

Friedrich Merz cherche à rappeler que 56 % des électeurs de Saxe-Anhalt n’ont pas voté pour l’AfD. Au Bundestag, il a aussi accusé le parti d’avoir renié l’engagement pris pendant la campagne de ne pas tenter de gouverner sans majorité absolue.

Deux lignes migratoires désormais plus nettement opposées

La migration est devenue le terrain principal de l’affrontement. Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, relie l’immigration à l’insécurité et à la pression sur les finances publiques. Son parti promet une offensive d’expulsions et de « remigration », terme employé pour défendre le renvoi d’étrangers et de migrants en situation irrégulière.

Le chancelier ne conteste pas la nécessité d’expulsions. Il affirme que la coalition entre la CDU et les sociaux-démocrates veut davantage éloigner les personnes sans droit durable au séjour. Mais il trace une frontière explicite avec l’AfD : les travailleurs immigrés qui contribuent à l’économie allemande doivent, selon lui, pouvoir rester.

Merz souligne qu’un travailleur qualifié sur six a une histoire migratoire. Il a prévenu qu’une politique visant largement les étrangers compromettrait le fonctionnement des métiers qualifiés, des établissements de soins, des hôpitaux et de la restauration. Il qualifie la « remigration » défendue par l’AfD de politique de nettoyage ethnique fondée sur l’origine et la couleur de peau.

L’AfD est classée « extrémiste de droite » en Saxe-Anhalt par le renseignement intérieur allemand. Ses projets d’expulsions massives se heurteraient en outre à des obstacles importants du droit allemand, selon le *Guardian*.

Un gouvernement fédéral fragilisé

L’échange au Bundestag illustre la pression qui pèse sur Friedrich Merz. Son gouvernement de coalition avec les sociaux-démocrates est critiqué pour la faiblesse des progrès sur la croissance et le coût de la vie. L’AfD entend faire du scrutin régional un référendum contre le chancelier et vise à terme une participation au gouvernement fédéral.

La prochaine épreuve se jouera lors des élections régionales prévues ce mois-ci à Berlin et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. La question ne sera pas seulement le niveau de l’AfD, mais la capacité des autres partis à former des majorités sans elle. Le résultat de Saxe-Anhalt rend ce calcul plus étroit et fait de la politique migratoire un sujet encore plus central pour la droite gouvernementale comme pour l’opposition.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 3 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Europebbc.co.uk
  2. RFIrfi.fr
  3. The Guardian — Worldtheguardian.com
  4. The Guardian — Worldtheguardian.com
  5. The Guardian — Worldtheguardian.com