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En Chine, le maoïsme devient un récit d’État sous contrôle

Cinquante ans après Mao Zedong, le Parti communiste chinois sélectionne les épisodes à célébrer et ceux à taire. Cette mémoire encadrée sert à inscrire Xi Jinping dans une continuité politique.

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Portrait de Mao Zedong
Portrait de Mao Zedong. Photographie d’archive. Image : 侯波(1924-2017)、孟庆彪(1925-1985) (Public domain)

L’essentiel

  • Le Parti communiste chinois maintient Mao Zedong au centre de son récit fondateur, sans engager de démaoïsation.
  • Le pouvoir valorise le révolutionnaire de la Longue Marche et relègue les famines ainsi que les purges au second plan.
  • Le tourisme rouge et les reconstitutions historiques diffusent ce récit patriotique auprès d’un public contemporain.
  • La continuité entre Mao et Xi Jinping sert à présenter le pouvoir actuel comme l’héritier légitime de la révolution.

Cinquante ans après la mort de Mao Zedong, son image demeure omniprésente en Chine. Son portrait domine la place Tiananmen à Pékin et son effigie figure encore sur les billets de banque. Mais la présence du fondateur de la République populaire ne signifie pas le retour de son programme ni la libre discussion de son bilan.

Le Parti communiste chinois conserve Mao comme figure fondatrice, tout en imposant le cadre de son interprétation. Selon la sinologue Françoise Lauwaert, interrogée par RFI, aucune véritable « démaoïsation » n’a eu lieu. L’enjeu n’est pas seulement mémoriel : l’histoire du maoïsme sert à justifier la permanence du Parti au pouvoir.

Le révolutionnaire plutôt que le dirigeant

Le récit officiel met en avant le Mao de la révolution et de la Longue Marche, épisode de la guerre civile devenu central dans la mythologie communiste. Il rappelle que le Parti a vaincu les forces nationalistes et, dans sa propre lecture, libéré le pays de l’impérialisme et du féodalisme.

Les années de gouvernement sont traitées bien plus discrètement. Le Grand Bond en avant, politique économique de la fin des années 1950, est associé à une famine dévastatrice. La Révolution culturelle, lancée en 1966, a entraîné des purges massives. Ces épisodes ne disparaissent pas entièrement du récit du Parti, mais ils n’occupent pas la place accordée à la victoire révolutionnaire.

Sous Deng Xiaoping, au début des années 1980, Mao était présenté comme un grand penseur ayant aussi commis des erreurs. Depuis l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir en 2013, le portrait officiel a de nouveau évolué : le Parti insiste davantage sur le chef révolutionnaire que sur les conséquences de son exercice du pouvoir.

Cette sélection permet de conserver une source de légitimité sans rouvrir un débat qui mettrait directement en cause le parti-État. Sebastian Veg, spécialiste de l’histoire intellectuelle de la Chine à l’EHESS, souligne que la critique de l’exploitation capitaliste est désormais moins visible. En revanche, le rôle historique attribué au Parti reste, selon lui, la justification de son pouvoir sans contrepoids.

Un patriotisme mis en scène

Cette mémoire prend aussi une forme concrète avec le « tourisme rouge ». À Loushanguan, dans la province du Guizhou, des visiteurs revêtent des uniformes de l’Armée rouge et participent à une reconstitution d’une bataille de février 1935. Deux représentations quotidiennes transforment l’épisode militaire en spectacle participatif, fréquenté notamment par des groupes d’employés dans le cadre d’activités de cohésion à tonalité patriotique.

Le dispositif vise aussi les jeunes générations. Les participants diffusent photos et vidéos sur Xiaohongshu, une plateforme chinoise dont le nom signifie littéralement « Petit Livre rouge ». Le souvenir révolutionnaire circule ainsi dans les codes d’une consommation culturelle moderne, sans que le public soit invité à débattre des zones sombres du régime maoïste.

La conclusion du spectacle de Loushanguan relie explicitement les idéaux fondateurs du Parti à la « nouvelle ère » de Xi Jinping. La formule établit un passage symbolique entre la Longue Marche de Mao et l’action présente de la direction chinoise.

C’est là le sens politique de cet héritage contrôlé. Le pouvoir ne cherche pas à restaurer la Chine de Mao, dont le modèle économique et social a largement été abandonné. Il cherche à maintenir une généalogie : le Parti actuel serait l’héritier naturel de la révolution, et Xi Jinping le continuateur d’une mission historique. L’histoire devient dès lors moins un objet de discussion qu’un instrument de cohésion et de légitimation.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. RFIrfi.fr
  2. RTS Inforts.ch