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Aux BRICS, l’unité sur le Moyen-Orient reste un compromis prudent

Réunis à New Delhi, les dirigeants des BRICS ont appelé à la retenue au Moyen-Orient. Leur déclaration commune évite toutefois les désaccords qui limitent encore l’influence concrète du bloc.

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Dirigeants se tenant la main lors d'une rencontre
Dirigeants se tenant la main lors d'une rencontre. Photographie d’archive. Image : Kremlin.ru (CC BY 4.0)

L’essentiel

  • Les BRICS ont adopté à New Delhi un appel commun à la « retenue maximale » dans le conflit au Moyen-Orient.
  • La déclaration ne désigne aucun responsable et contourne les divergences entre l’Iran, les Émirats arabes unis, la Chine, la Russie et l’Inde.
  • Le sommet confirme le rôle du bloc comme forum de dialogue, sans encore établir de réponse commune concrète aux crises internationales.

Les dirigeants des BRICS ont conclu à New Delhi un sommet dominé par la guerre au Moyen-Orient. Ils sont parvenus à adopter une déclaration commune appelant toutes les parties à faire preuve de « retenue maximale », malgré des intérêts directement opposés au sein du groupe.

Cet accord constitue un résultat diplomatique pour l’Inde, hôte de la réunion. Mais son contenu illustre aussi la limite actuelle des BRICS : le bloc peut réunir des puissances rivales et formuler des principes généraux, beaucoup moins arrêter une ligne politique précise lorsqu’un conflit touche ses propres membres.

Une formule qui ne désigne aucun responsable

La déclaration de New Delhi exprime une vive inquiétude devant l’escalade régionale. Elle condamne les attaques contre les infrastructures civiles et les installations nucléaires pacifiques, sans attribuer ces attaques à un pays particulier. Elle soutient aussi la solution à deux États et s’oppose au déplacement forcé des Palestiniens ainsi qu’aux mesures qui prolongeraient une occupation.

Cette prudence était la condition d’un texte commun. L’Iran appartient désormais aux BRICS, mais les Émirats arabes unis en sont également membres. Selon Swissinfo, les Émirats ont interrompu en août leurs échanges commerciaux et financiers avec Téhéran après avoir été visés par des missiles iraniens. Pékin et Moscou, eux, continuent de commercer avec l’Iran malgré les menaces de sanctions américaines.

Le compromis permet donc au groupe d’afficher une réponse collective à la crise sans régler les antagonismes qui la traversent. Au cours de l’année, deux réunions de ministres des BRICS n’avaient d’ailleurs pas réussi à produire une déclaration conjointe. Le texte adopté à New Delhi marque une avancée procédurale, non l’émergence d’une stratégie partagée sur le conflit.

Une ambition commune, des priorités différentes

Les BRICS ont été créés en 2009 pour rassembler de grandes économies émergentes hors des institutions principalement dominées par les États-Unis et les puissances occidentales. Le noyau initial — Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud — s’est depuis élargi, notamment à l’Iran, à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis.

Les dirigeants présents à New Delhi ont défendu une coopération accrue et un ordre mondial présenté comme plus multipolaire. Narendra Modi a voulu faire des BRICS des pays qui façonnent les règles, et non qui les subissent. Vladimir Poutine a salué une force importante de la scène internationale. Xi Jinping a appelé les pays du Sud global à défendre le droit international et les règles de base des relations entre États.

L’objectif politique ne recouvre pourtant pas les mêmes attentes. Pour la Chine, la Russie et l’Iran, le forum peut servir à réduire l’influence américaine et européenne. L’Inde refuse pour sa part de présenter les BRICS comme un bloc hostile à l’Occident. Narendra Modi a affirmé que le groupe n’était dirigé contre personne.

Cette nuance engage la marge de manœuvre de New Delhi. L’Inde cherche à préserver ses relations avec des partenaires qui s’opposent entre eux, à l’intérieur comme à l’extérieur des BRICS. La déclaration évite ainsi de nommer les États-Unis tout en critiquant la hausse indiscriminée des droits de douane et les sanctions unilatérales.

Un lieu de dialogue davantage qu’un centre de décision

Le sommet a néanmoins permis des rencontres qui auraient été difficiles quelques mois plus tôt. Le président iranien Massoud Pezeshkian et le prince héritier d’Abou Dhabi, Cheikh Khaled ben Mohamed ben Zayed Al Nahyane, se sont entretenus. La BBC présente cette rencontre comme le plus haut niveau connu entre les deux pays depuis le début de la guerre.

La capacité à maintenir ce canal est un acquis dans une région où le conflit pèse aussi sur les économies et les échanges. Mais les sources ne font état ni d’un mécanisme commun de médiation, ni d’engagement opérationnel des BRICS pour faire appliquer leur appel à la retenue.

Le même écart entre ambition et moyens apparaît sur le commerce. Les membres ont réaffirmé leur attachement à un système multilatéral centré sur l’Organisation mondiale du commerce et leur opposition au protectionnisme. Or la domination commerciale chinoise alimente aussi des tensions avec plusieurs partenaires du bloc.

Les BRICS démontrent donc qu’ils peuvent offrir une enceinte de discussion hors des cadres occidentaux. Leur influence dépendra désormais de leur capacité à aller au-delà de déclarations soigneusement équilibrées, sans effacer les intérêts nationaux qui rendent cette unité possible mais fragile.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 3 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. France 24 — Mondefrance24.com
  3. France 24 — Mondefrance24.com
  4. SWI swissinfo.chswissinfo.ch