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À Delhi, les Brics cherchent une ligne commune face aux pressions américaines

Réunis en Inde, les dirigeants des Brics veulent renforcer leur poids économique et diplomatique. Mais leurs rapports très différents à Washington limitent la perspective d’une riposte coordonnée.

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Quatre dirigeants se serrent les mains
Quatre dirigeants se serrent les mains. Photographie d’archive. Image : Kremlin.ru (CC BY 4.0)

L’essentiel

  • Les Brics se réunissent à Delhi dans un contexte de guerre en Iran, de conflit en Ukraine et de menaces tarifaires américaines.
  • La Russie et l’Iran souhaitent une ligne plus ferme envers Washington, contrairement à l’Inde, à la Chine et aux Émirats arabes unis.
  • Une déclaration prudente et des mesures techniques sur les paiements en monnaies locales sont plus probables qu’une riposte coordonnée aux États-Unis.
  • Pour l’Inde, parvenir à un texte commun serait déjà un gain diplomatique après l’échec des ministres des Affaires étrangères en mai.

Vladimir Poutine est arrivé vendredi 11 septembre en Inde pour le sommet des Brics, où il doit retrouver notamment Xi Jinping et le Premier ministre indien Narendra Modi. Les dirigeants du bloc se réunissent alors que la guerre en Iran, le conflit en Ukraine et les menaces tarifaires de Donald Trump accentuent l’incertitude sur les marchés et le commerce mondial.

Les onze pays membres, auxquels s’ajoute l’Arabie saoudite comme invitée, disposent d’un poids considérable : ils représentent 49 % de la population mondiale, 40 % du PIB et 26 % du commerce international, selon une analyse de BBC Monitoring citée par la BBC. Pourtant, leur capacité à transformer ce poids en réponse politique commune reste limitée.

Des intérêts difficilement conciliables

La Russie et l’Iran ont intérêt à ce que les Brics affichent une position ferme contre les États-Unis, alors que les deux pays subissent de lourdes sanctions américaines. Ils devraient défendre un recours accru aux monnaies locales pour les paiements transfrontaliers, afin de réduire la dépendance au dollar.

Mais l’Inde est, selon la BBC, dans la dernière phase de négociation d’un accord commercial avec Washington. Delhi a donc peu de raisons de soutenir un texte qui viserait explicitement la Maison-Blanche. La Chine pourrait elle aussi éviter que les Brics soient présentés comme un instrument dirigé contre les États-Unis.

Les Émirats arabes unis illustrent cette hétérogénéité. Le pays accueille des bases militaires américaines et a été visé par des attaques iraniennes dans le cadre des représailles de Téhéran aux frappes américaines et israéliennes. Il est peu probable qu’Abou Dhabi appuie une déclaration favorable aux intérêts iraniens.

Cette divergence n’est pas théorique. En mai, les ministres des Affaires étrangères des Brics n’avaient pas réussi à publier un communiqué commun en raison de leurs désaccords sur la guerre en Iran. L’Inde avait dû se limiter à un résumé de la présidence.

Une déclaration prudente et des avancées pratiques

Le sommet pourrait donc produire un langage vague et indirect sur les États-Unis, plutôt qu’une stratégie commune contre les tarifs ou le dollar. Donald Trump a déjà menacé les pays des Brics de droits de douane de 100 % s’ils soutenaient une monnaie destinée à remplacer le dollar dans le commerce mondial.

Le terrain le plus réaliste est celui de la coopération financière. Les dirigeants devraient examiner les paiements internationaux en monnaies locales. Le groupe dispose déjà d’une Nouvelle Banque de développement, qui a approuvé des milliards de dollars pour des projets d’infrastructure et de développement, ainsi que d’un mécanisme de réserve de 100 milliards de dollars pour les crises financières. Ce dernier n’a toutefois jamais été utilisé.

Les Brics devraient également défendre une réforme des Nations unies, du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, au nom d’une meilleure représentation des économies en développement. Cette ligne sert particulièrement l’Inde, qui entend se poser en porte-voix du « Sud global » tout en composant avec l’influence chinoise.

Pour Narendra Modi, obtenir une déclaration finale commune constituerait donc déjà un succès diplomatique. Les rencontres bilatérales attendues avec Xi Jinping et Vladimir Poutine compteront aussi : elles doivent aborder, respectivement, le réchauffement prudent des relations sino-indiennes et la guerre en Ukraine. Mais le test central du sommet demeure collectif : démontrer que les Brics peuvent dépasser leurs intérêts contradictoires sans se réduire à un forum de discussions.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. France 24 — Mondefrance24.com