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À Delhi, Xi Jinping et Narendra Modi affichent un dégel prudent

La visite de Xi Jinping en Inde, la première depuis sept ans, met en scène un rapprochement encore limité entre deux puissances rivales. Elle peut peser sur l’équilibre asiatique et sur la cohésion des BRICS.

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Portrait de Xi Jinping devant un drapeau chinois
Portrait de Xi Jinping devant un drapeau chinois. Photographie d’archive. Image : Juan Diego Cano (Public domain)

L’essentiel

  • Xi Jinping effectue sa première visite en Inde depuis sept ans pour le sommet des BRICS à Delhi.
  • Le rapprochement avec Narendra Modi intervient après le meurtrier affrontement frontalier de 2020, sans régler le différend himalayen.
  • Les BRICS ont adopté une déclaration sur le dialogue diplomatique, mais leurs membres restent divisés par les conflits internationaux et leur rapport aux États-Unis.

Le président chinois Xi Jinping est arrivé à Delhi pour le sommet des BRICS, accueilli avec les honneurs par les autorités indiennes. Sa venue est sa première visite en Inde depuis sept ans et constitue un signal politique fort, sans effacer les différends entre les deux voisins.

Le Premier ministre indien Narendra Modi reçoit aussi les présidents russe Vladimir Poutine et iranien Masoud Pezeshkian pour ce sommet de deux jours. Mais la présence de Xi Jinping concentre l’attention : Pékin et Delhi mettent publiquement en scène une amélioration de leurs relations, après plusieurs années de tensions ouvertes.

Un dégel après le choc frontalier

Le point de rupture remonte à l’affrontement militaire de 2020 le long de la frontière himalayenne disputée. Vingt soldats indiens et quatre soldats chinois avaient été tués. Les deux pays, tous deux dotés de l’arme nucléaire, restent opposés sur cette frontière.

Depuis, les contacts de haut niveau et les liaisons aériennes ont commencé à être rétablis progressivement, selon *The Guardian*. La veille de l’arrivée du président chinois, le ministère chinois des Affaires étrangères s’est dit disposé à gérer les différends avec l’Inde et à construire une relation de bon voisinage.

Ce rapprochement ne signifie donc pas un règlement du contentieux frontalier. Il montre plutôt que les deux capitales veulent éviter que leur rivalité empêche tout dialogue politique. Pour Delhi comme pour Pékin, cette capacité à maintenir un canal ouvert compte dans une région où leurs intérêts, leurs ambitions et leurs relations extérieures divergent souvent.

L’Inde peut y gagner davantage de marge de manœuvre entre la Chine et les États-Unis. La Chine, elle, a intérêt à réduire les frictions avec un voisin majeur au moment où ses tensions avec Washington se renforcent. Cette détente reste toutefois précaire : elle dépendra de la gestion concrète de la frontière et de la continuité des échanges entre les deux gouvernements.

Des BRICS plus nombreux, mais difficiles à unir

Le sommet intervient alors que les BRICS cherchent à peser davantage dans les affaires internationales. Créé autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, le groupe s’est élargi à l’Égypte, l’Éthiopie, l’Indonésie, l’Iran, l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Il représente désormais la moitié de la population mondiale, selon *The Guardian*.

Son élargissement rend aussi les compromis plus difficiles. Les ministres des Affaires étrangères du groupe n’avaient pas réussi à adopter une déclaration commune lors de leur réunion à Delhi en mai. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient divisent des pays membres aux intérêts parfois directement opposés.

Les dirigeants ont néanmoins adopté samedi une déclaration commune appelant au règlement pacifique des différends par le dialogue, la consultation et la diplomatie. Le texte demande aussi une retenue maximale au Moyen-Orient, sans viser les États membres impliqués dans des crises. Cet accord établit un plus petit dénominateur commun, pas une position diplomatique capable de contraindre les parties concernées.

La différence d’approche entre Pékin et Delhi reste centrale. La Chine veut accroître le poids des BRICS face aux États-Unis. L’Inde envisage plus prudemment le groupe comme un lien entre les pays occidentaux et les puissances émergentes, sans adhérer à une ligne explicitement anti-occidentale.

Le dégel sino-indien peut faciliter le fonctionnement du forum en évitant qu’une rivalité bilatérale ne bloque chaque discussion. Mais il ne résout ni les antagonismes régionaux ni les divergences sur les guerres en cours. Les BRICS démontrent qu’ils peuvent réunir des puissances concurrentes autour d’un langage diplomatique minimal ; leur capacité à agir ensemble au-delà de ce principe reste à prouver.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. France 24 — Mondefrance24.com
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com