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Au Yémen, l’offensive houthie ravive l’urgence civile et régionale

La reprise rapide des combats a déplacé 46 000 personnes dans l’ouest du Yémen. Elle augmente aussi les risques autour d’une voie maritime décisive et tend les alliances régionales.

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Manifestants brandissant des pancartes contre la guerre au Yémen
Manifestants brandissant des pancartes contre la guerre au Yémen. Photographie d’archive. Image : Felton Davis (CC BY 2.0)

L’essentiel

  • L’OIM recense 46 000 déplacés dans les gouvernorats de Taiz et de Hodeidah après la reprise des combats.
  • Les routes coupées et les communications interrompues compliquent la fuite des habitants comme l’acheminement de l’aide.
  • La présence houthie accrue près de Bab el-Mandeb fait peser un risque sur une route maritime majeure entre l’Asie et l’Europe.
  • L’escalade met aussi le Pakistan sous pression entre son voisin iranien et son partenaire saoudien.

La reprise des combats dans l’ouest du Yémen a d’abord une conséquence immédiate : 46 000 personnes ont été déplacées dans les gouvernorats de Taiz et de Hodeidah, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les forces houthies, soutenues par l’Iran, ont pris plusieurs localités de la côte de la mer Rouge cette semaine face aux forces liées au gouvernement yéménite, lui-même soutenu par les États-Unis et l’Arabie saoudite.

Des centaines de morts sont rapportés. L’ampleur exacte de ce bilan n’est pas précisée. Pour les habitants qui ont fui, l’urgence tient aussi à la désorganisation des accès : des routes essentielles ont été coupées et les communications téléphoniques sont interrompues dans certaines zones, d’après l’OIM. Des familles seraient restées près des lignes de front, avec des réserves alimentaires qui diminuent.

Des déplacés souvent déjà déracinés

Cette nouvelle vague ne part pas de zéro. L’OIM indique que de nombreuses personnes déplacées avaient déjà dû quitter leur domicile une ou deux fois auparavant. Les besoins prioritaires identifiés sont les abris d’urgence, l’aide financière, la nourriture, l’eau potable, les biens de première nécessité, les soins et les services de protection.

L’aide humanitaire est rendue plus difficile par l’évolution rapide des combats. Les équipes doivent régulièrement revoir leurs itinéraires et leurs possibilités d’accès. Cette instabilité survient dans un pays de 40 millions d’habitants où environ la moitié de la population fait déjà face à une insécurité alimentaire aiguë, selon le dernier rapport humanitaire de l’ONU cité par The Guardian. Le document relève également la baisse des financements humanitaires et les contraintes opérationnelles pesant sur les organisations d’aide.

La reprise des affrontements, des frappes aériennes et des tirs d’artillerie rompt une période de calme relatif qui avait suivi la trêve négociée sous l’égide de l’ONU en 2022. Devant le Conseil de sécurité, l’envoyé spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a estimé que le pays entrait dans une phase de guerre plus dangereuse. Le risque, selon lui, est celui d’un conflit prolongé et élargi.

Un détroit au centre de l’escalade

L’enjeu dépasse les zones de combat terrestres. Les nouvelles positions houthies sur la côte et près d’îles de la mer Rouge doivent leur donner une présence plus directe à proximité du détroit de Bab el-Mandeb. Ce passage d’environ 20 milles relie l’Asie à l’Europe et constitue une voie majeure pour le commerce et l’énergie.

Une fermeture du détroit forcerait les navires à contourner l’Afrique par le sud, avec des milliers de milles nautiques supplémentaires. Cette éventualité n’est pas présentée comme acquise. Mais les combats ont déjà contribué à une hausse du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril, après plusieurs semaines proches de 80 dollars, selon The Guardian.

La crise complique aussi les équilibres entre puissances régionales. Le Pakistan entretient des relations étroites avec l’Iran, son voisin avec lequel il partage plus de 900 kilomètres de frontière, tout en dépendant de l’Arabie saoudite pour ses approvisionnements énergétiques et son soutien financier. RFI rappelle qu’Islamabad a signé le mois dernier un pacte de défense mutuelle avec Riyad et la Turquie, tandis que des milliers de soldats pakistanais sont déjà déployés dans le royaume.

Le Pakistan cherche parallèlement à obtenir de l’Iran qu’il exerce une pression sur les Houthis. Téhéran répond ne pas contrôler le mouvement. L’avancée des combats place donc Islamabad devant un choix plus délicat : soutenir concrètement son partenaire saoudien risquerait de compromettre ses efforts de médiation entre l’Iran et Washington. Pour les civils yéménites, cette rivalité régionale se traduit déjà par une nouvelle fuite et par une aide plus difficile à acheminer.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. RFIrfi.fr
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com