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Au Tigré, la prise de l’aéroport de Mekelle fait redouter un retour à la guerre

Les forces tigréennes ont pris le contrôle de l’aéroport de Mekelle et les vols sont suspendus. L’épisode marque une escalade, sans permettre encore d’établir qu’une guerre durable a repris.

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Aéroport derrière un jardin fleuri
Aéroport derrière un jardin fleuri. Photographie d’archive. Image : Simon Temple (Public domain)

L’essentiel

  • Les forces tigréennes ont pris l’aéroport de Mekelle, entraînant la suspension des vols d’Ethiopian Airlines vers trois aéroports du Tigré.
  • L’épisode intervient après l’adhésion du TPLF à une alliance armée opposée au gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed.
  • Des frappes de drones et l’interruption des liaisons aériennes aggravent les risques pour les civils et pour l’aide.
  • La reprise d’une guerre généralisée n’est pas établie, mais les mécanismes de paix issus de l’accord de Pretoria apparaissent fortement fragilisés.

Les forces liées au Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont pris le contrôle de l’aéroport de Mekelle, capitale régionale du Tigré, qui était gardé par la police fédérale, selon des habitants cités par la BBC. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons vers Mekelle, Axum et Shire en invoquant la situation dans la région.

Cette prise de contrôle a une portée pratique immédiate : aucun vol n’atterrissait à Mekelle au moment des faits. Elle possède aussi une forte portée politique. Contrôler l’aéroport de la capitale régionale revient à contester concrètement l’autorité fédérale dans une zone où le cessez-le-feu de 2022 était déjà fragilisé.

Une escalade, pas encore une guerre établie

La situation ne permet pas encore d’affirmer qu’un conflit généralisé est relancé. Mais plusieurs signaux vont dans ce sens. Le TPLF a annoncé dimanche son ralliement à une alliance de sept groupes armés qui dit vouloir renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed et instaurer une administration de transition.

Euronews fait également état de combats entre forces tigréennes et troupes fédérales dans la région voisine de l’Afar. Les autorités tigréennes ont, de leur côté, accusé Addis-Abeba de lancer une invasion ouverte de la région. Le gouvernement fédéral n’avait pas publiquement répondu à cette accusation, selon la BBC.

Les deux camps s’accusent depuis des mois de ne pas respecter l’accord de Pretoria, négocié sous l’égide de l’Union africaine. Cet accord avait mis un terme à la guerre de 2020 à 2022. Le médiateur de l’Union africaine avait alors estimé le bilan humain à environ 600 000 morts.

Le précédent rend le risque particulièrement sérieux, mais il ne préjuge pas de l’issue actuelle. La suite dépendra notamment de la capacité des forces fédérales à répondre à la prise de l’aéroport, de l’extension ou non des affrontements hors du Tigré et du maintien d’un canal de négociation.

Les civils déjà touchés

Les premiers effets pour les habitants sont visibles dans les transports et la sécurité. Les autorités tigréennes ont affirmé qu’une frappe de drones à Alamata avait tué au moins 14 personnes et blessé 22 autres. Elles accusent les forces fédérales d’avoir visé deux établissements secondaires. La BBC précise ne pas avoir pu vérifier ces allégations de manière indépendante.

Le département d’État américain a par ailleurs condamné une autre frappe de drone, qui aurait visé lundi un convoi de véhicules catholiques transportant de l’aide alimentaire. Washington a demandé une enquête, appelé au dialogue et exhorté toutes les parties à éviter de nouveaux incidents.

La fermeture de trois aéroports limite les déplacements civils et complique, dans une région déjà meurtrie par la guerre, l’acheminement de l’aide et l’accès aux services. Une reprise durable des combats ajouterait à ces contraintes le risque de nouveaux déplacements.

L’enjeu dépasse enfin le Tigré. Le gouvernement éthiopien fait déjà face à des insurrections en Oromia et en Amhara. L’alliance annoncée par le TPLF élargit donc la crise potentielle au-delà d’un affrontement régional. À ce stade, la suspension des vols et la prise de l’aéroport constituent des faits établis ; l’ampleur militaire réelle et la durée de cette nouvelle phase restent incertaines.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. Euronewsfr.euronews.com