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En Éthiopie, sept groupes armés affichent un front commun fragile

Une coalition de sept mouvements veut renverser le gouvernement fédéral et instaurer une transition. Son extension territoriale est réelle, mais ses rivalités anciennes limitent, à ce stade, sa force opérationnelle.

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L’essentiel

  • Sept groupes armés et d’opposition ont formé une coalition visant le départ du gouvernement d’Abiy Ahmed et une transition politique.
  • L’alliance couvre six des douze États régionaux, ce qui renforce sa portée politique dans un pays déjà traversé par plusieurs conflits.
  • Sa capacité d’action reste inconnue : les groupes n’ont pas fait état d’un commandement commun et certains ont été ennemis pendant la guerre du Tigré.
  • Le rapprochement accroît la pression sur Addis-Abeba, sans établir à lui seul un rapport de force militaire nouveau.

Sept groupes armés et d’opposition éthiopiens ont annoncé la création d’une alliance baptisée Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie, ou Alliance for Survival. Ils disent vouloir écarter le gouvernement fédéral du Premier ministre Abiy Ahmed et mettre en place un gouvernement de transition qu’ils présentent comme inclusif.

La coalition réunit le Mouvement national amhara des Fano, l’Armée de libération oromo, le Front de libération du peuple du Tigré, le Front national de libération de l’Ogaden, le Front révolutionnaire d’unité nationale afar, le Mouvement de libération du peuple benishangul et le Mouvement démocratique du peuple gumuz. Le gouvernement fédéral n’avait pas réagi au moment de l’annonce.

Une présence dans six régions, mais pas une armée unifiée

L’accord rassemble des organisations actives dans six des douze États régionaux du pays : Amhara, Oromia, Tigré, Ogaden, Afar et Benishangul-Gumuz. Cette dispersion géographique lui donne une portée politique plus large que celle d’une insurrection locale. Elle intervient dans un pays déjà marqué par des combats prolongés en Oromia et en Amhara, les deux régions les plus peuplées.

L’objectif commun ne garantit cependant pas une capacité militaire commune. Aucun des deux médias ne décrit de commandement unifié, de plan d’opérations partagé ou de moyens militaires mis en commun. Pour l’instant, l’annonce établit d’abord une plateforme politique contre Addis-Abeba.

Yohannes Woldemariam, professeur de relations internationales à l’université du Colorado, estime auprès de RFI que le rapprochement est significatif, car les groupes ont mis de côté des divisions régionales. Il juge toutefois leur coordination difficile. C’est le principal test de cette alliance : passer d’une déclaration commune à une action durable entre organisations aux intérêts et aux zones d’implantation distincts.

Des antagonismes qui ne disparaissent pas

Les fractures sont particulièrement visibles entre les Fano et le Front de libération du peuple du Tigré. Les deux camps se sont affrontés pendant la guerre du Tigré. Depuis 2022, la partie occidentale de cette région est administrée par la région amhara, un contentieux qui pèse sur leur rapprochement.

Les Fano avaient d’ailleurs combattu aux côtés des forces fédérales pendant la guerre du Tigré. Ils se sont retournés contre le pouvoir moins d’un an après la fin de celle-ci, après avoir refusé les ordres de désarmement. L’Armée de libération oromo est, elle, en conflit avec le gouvernement depuis 2018.

La guerre du Tigré, achevée par un accord de paix sous l’égide de l’Union africaine en 2022, avait fait des centaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes. Les tensions ont depuis repris, les deux parties s’accusant de violations de cet accord. L’entrée du Front de libération du peuple du Tigré dans la nouvelle coalition ajoute donc une pression politique dans un nord du pays qui demeure instable.

Une pression politique accrue sur Addis-Abeba

La coalition conteste aussi la légitimité politique du pouvoir fédéral. Les Fano et l’Armée de libération oromo ont rejeté les dernières élections générales, remportées largement par le Parti de la prospérité d’Abiy Ahmed. Le scrutin s’était tenu dans un contexte de conflits, d’accusations de répression et de faible participation des partis d’opposition. Les six millions d’habitants du Tigré en avaient été entièrement exclus.

Pour le gouvernement, l’enjeu immédiat est moins l’existence d’un nouveau label que sa capacité à empêcher les insurgés de transformer leur entente en structure de coordination. Abiy Ahmed avait déjà affirmé, devant les parlementaires en juillet, faire confiance aux capacités de défense du pays face à d’éventuels rapprochements adverses.

La nouvelle alliance peut compliquer la stratégie fédérale en donnant un langage et un objectif communs à des rébellions dispersées. Mais sa menace réelle dépendra de sa cohésion, encore incertaine, et de sa faculté à surmonter des rivalités qui ont récemment alimenté les guerres mêmes qu’elle entend désormais dépasser.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. RFIrfi.fr