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À Hong Kong, la mémoire de Tiananmen sanctionnée au nom de la sécurité nationale

Trois anciens organisateurs de veillées pour Tiananmen ont été condamnés à Hong Kong. Le jugement illustre la disparition de l’un des derniers espaces publics de mémoire critique en Chine.

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Foule de manifestants devant une porte monumentale
Foule de manifestants devant une porte monumentale. Photographie d’archive. Image : Unknown authorUnknown author (Public domain)

L’essentiel

  • Lee Cheuk-yan, Chow Hang-tung et Albert Ho ont reçu des peines de cinq ans et deux mois à sept ans et trois mois de prison.
  • Ils étaient poursuivis pour leur rôle dans l’Alliance de Hong Kong, organisatrice des veillées annuelles en mémoire de Tiananmen.
  • L’affaire intervient après l’imposition en 2020 de la loi sur la sécurité nationale, qui a rendu ces commémorations de fait impossibles.
  • Elle marque aussi l’effacement d’un espace public où l’histoire contestée de la Chine pouvait encore être évoquée.

Trois figures de l’ancienne Alliance de Hong Kong ont été condamnées le 11 septembre à des peines allant de cinq ans et deux mois à sept ans et trois mois de prison. Lee Cheuk-yan, Chow Hang-tung et Albert Ho avaient été déclarés coupables en août d’incitation à la subversion.

Les deux premiers, qui contestaient les poursuites, ont reçu respectivement sept ans et sept ans et trois mois de détention. Albert Ho, qui avait plaidé coupable, a été condamné à cinq ans et deux mois. Tous trois sont incarcérés depuis leur inculpation en 2021.

L’affaire porte sur leur rôle au sein de l’Alliance de Hong Kong, aujourd’hui dissoute. Cette organisation réunissait chaque année des participants au parc Victoria pour une veillée à la bougie en mémoire de la répression de juin 1989 à Pékin. Hong Kong et Macao avaient longtemps constitué les seuls lieux sous souveraineté chinoise où cette commémoration pouvait se tenir publiquement.

Une commémoration assimilée à la subversion

La juridiction a retenu que les militants avaient enfreint la Constitution chinoise en appelant à mettre fin à la dictature d’un parti unique. Selon le jugement rapporté par RFI, l’absence de violence et de calendrier précis pour un changement politique n’enlevait rien à la gravité des faits reprochés.

La qualification pénale employée est lourde de conséquences. Elle ne vise pas seulement l’organisation matérielle d’un rassemblement, mais lie une activité mémorielle et des slogans politiques à une atteinte à la sécurité de l’État. Les veillées de Tiananmen étaient pourtant, avant leur interdiction de fait, une expression publique régulière du pluralisme dont bénéficiait encore le territoire.

La loi sur la sécurité nationale, imposée par Pékin en 2020 après les grandes manifestations prodémocratie de 2019, a profondément modifié ce cadre. Depuis lors, les commémorations sont de facto impossibles. L’Alliance a disparu et ses anciens responsables ont été poursuivis.

Un espace civique réduit

Ces condamnations montrent que le recul des libertés civiques ne se mesure pas seulement aux manifestations interdites ou aux organisations dissoutes. Il touche aussi la possibilité de discuter collectivement d’un épisode contesté de l’histoire chinoise.

La répression de 1989, lorsque l’armée chinoise a mis fin aux mobilisations pour des réformes politiques sur la place Tiananmen, avait causé des centaines, voire plus d’un millier de morts, selon les sources citées. À Hong Kong, son souvenir était matérialisé par les bougies du parc Victoria. La disparition de ce rendez-vous enlève un lieu de transmission entre générations autant qu’un rassemblement politique.

Avant le prononcé des peines, Lee Cheuk-yan a estimé que les poursuites cherchaient à effacer la mémoire du 4 juin. Amnesty International et Human Rights Watch ont également dénoncé la sévérité du jugement. Les autorités taïwanaises ont, elles aussi, condamné les peines.

Le dossier s’inscrit dans une application plus large de la législation de sécurité nationale. D’après un décompte arrêté début août et repris par France 24 et RFI, 415 personnes avaient été arrêtées à Hong Kong pour des motifs liés à cette législation, dont 185 reconnues coupables. Ces chiffres ne renseignent pas à eux seuls sur chaque affaire, mais ils situent la condamnation des trois militants dans une politique pénale désormais durable.

L’enjeu dépasse donc leur sort individuel. En assimilant l’animation d’une mémoire contestataire à la subversion, la justice réduit encore les moyens légaux de préserver à Hong Kong un débat public distinct de la ligne imposée par le pouvoir chinois.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. France 24 — Mondefrance24.com
  2. RFIrfi.fr