Carburants : les pêcheurs français réclament davantage que les aides ciblées
Le gazole a franchi 2,37 euros le litre en France. Face aux blocages de pêcheurs, Paris prolonge ses aides, tandis que plusieurs pays européens cherchent des parades coûteuses.
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L’essentiel
- Le prix moyen du gazole a dépassé 2,37 euros le litre en France, sous l'effet du pétrole, du raffinage, de la distribution et des taxes.
- Les pêcheurs ont bloqué des installations à Nice, Sète et Frontignan avant de lever au moins deux actions, tout en réclamant un plafonnement des prix.
- Paris prolonge des aides ciblées jusqu'au 31 décembre plutôt qu'une baisse générale des taxes, dont le coût budgétaire est jugé trop élevé.
- Les pays européens adoptent des solutions divergentes, entre ristournes, baisses de TVA et aides aux ménages modestes.
Le prix moyen du gazole, le carburant le plus consommé en France, a dépassé 2,37 euros le litre le 17 septembre, à quelques centimes de son record récent. Le sans-plomb 95-E10 avoisine 2,15 euros. Dans une station alsacienne, le diesel a même été affiché à près de 3 euros le litre, selon France 24.
La hausse ne se limite donc pas à un mécontentement sectoriel. Elle atteint directement les budgets des automobilistes et les coûts d’activité des entreprises dont les déplacements sont indispensables. Un baromètre cité par France 24 estime à 17 millions le nombre de Français majeurs en situation de « précarité mobilité », soit 37 % de cette population.
Du pétrole au prix payé à la pompe
Le renchérissement du pétrole, repassé au-dessus de 100 dollars le baril, est le premier facteur cité. France 24 relève aussi le poids du raffinage, de la distribution et de la fiscalité. Cette dernière représente environ 45 % du prix affiché à la pompe en France. La crise énergétique est liée, selon RFI, à la guerre au Moyen-Orient.
Le niveau moyen masque néanmoins de forts écarts entre stations et territoires. Il varie également en Europe : l’essence est alors moins chère en Espagne, en Italie et en Andorre qu’en France, mais plus chère en Allemagne, d’après France 24.
Pour les pêcheurs, le carburant est un coût de production immédiat : sans gazole, un navire ne sort pas en mer. Les professionnels méditerranéens disent en outre subir fréquemment des prix de gazole marin plus élevés que dans d’autres zones. Ils soulignent aussi des difficultés plus anciennes, telles que les quotas de thon rouge, la restructuration de l’anguille dans les lagunes et des obligations administratives et de sécurité jugées coûteuses.
Des blocages levés, sans accord sur le fond
Le 17 septembre, des pêcheurs ont bloqué le port de Nice, le port de Sète et un dépôt pétrolier à Frontignan. Les actions de Nice et Frontignan ont été levées à la mi-journée, dans l’attente d’une réunion à Paris avec la ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud. À Nice, un ferry transportant 600 passagers a dû être dérouté.
La mobilisation est donc concrète mais demeure, à ce stade, localisée à ces infrastructures du Sud. Elle ne se confond pas avec les appels en ligne à une journée de manifestation le 17 octobre sous la référence des Gilets jaunes. Les autorités suivent ces appels, mais aucune ampleur mesurable n’était établie, selon France 24. Des figures de l’ancien mouvement ont elles-mêmes exprimé leur scepticisme sur l’origine et l’organisation de l’appel.
Les pêcheurs demandent un blocage des prix à la pompe. Le président de la coopérative Sathoan réclame un plafond de 60 centimes et le versement d’aides attendues depuis avril. Ces revendications vont au-delà du dispositif annoncé par le gouvernement.
Paris choisit le ciblage, l’Europe des réponses divergentes
Le gouvernement de Sébastien Lecornu a prolongé jusqu’au 31 décembre les aides ciblées destinées notamment aux pêcheurs, aux agriculteurs et à certaines entreprises du BTP. Pour la pêche, l’aide passe de 25 à 35 centimes par litre. Les services du Premier ministre indiquent qu’elle revient au plafond autorisé par la Commission européenne. Les pêcheurs contestent toutefois son caractère nouveau et son niveau.
L’exécutif écarte une baisse générale des taxes, au motif de son coût budgétaire. Une indemnité de 100 euros peut aussi être demandée par les travailleurs modestes très dépendants de leur voiture. Les sources ne précisent ni le nombre potentiel de bénéficiaires ni le coût total de ces mesures : ce sont pourtant les deux données nécessaires pour apprécier leur portée réelle et leur financement.
Ailleurs en Europe, les gouvernements combinent baisses de taxes, ristournes ou aides directes. L’Espagne a décidé une réduction de 20 centimes sur le diesel jusqu’à la fin septembre. L’Italie doit remplacer en octobre ses allégements d’accises et de TVA par un chèque carburant de 150 euros pour les ménages modestes ; les dispositifs précédents ont coûté 245 millions d’euros à l’État. En Allemagne, des aides aux bas revenus et une baisse temporaire de TVA sont envisagées, sans décision annoncée. La Pologne, elle, ne dispose plus de son bouclier depuis la fin août après le veto présidentiel à une taxation des superprofits pétroliers censée le financer.
Ces réponses protègent temporairement certains ménages ou secteurs. Elles laissent entière la question du prix du pétrole et placent les gouvernements devant un arbitrage immédiat : amortir le choc, sans promettre des dépenses dont le financement reste incertain.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


