Aller au contenu
La Meridia

Les faits, le bon sens, et pas de leçons de morale.

Économie

Du baril à la pompe, le choc pétrolier se propage hors du Moyen-Orient

La hausse du Brent liée aux tensions régionales renchérit déjà l’essence et le diesel en Europe comme en Australie. Elle risque aussi d’alimenter l’inflation et de peser sur les taux d’intérêt.

·

Distributeur de carburant avec pistolet
Distributeur de carburant avec pistolet. Photographie d’archive. Image : kallerna (CC BY-SA 3.0)

L’essentiel

  • Le Brent a dépassé 108 dollars le baril, son plus haut niveau depuis la mi-mai, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient et de perturbations maritimes.
  • En France, le sans-plomb 95 coûte environ 2,12 euros le litre, soit 40 centimes de plus qu’il y a six mois selon RFI.
  • En Australie, les prix du diesel et de l’essence pourraient encore progresser de 10 à 30 cents australiens par litre dans les prochaines semaines.
  • Le renchérissement des carburants menace d’alimenter l’inflation, avec un risque de taux d’intérêt plus élevés hors de la zone de conflit.

La flambée du pétrole ne reste pas confinée aux routes maritimes du Moyen-Orient. Elle se transmet aux stations-service, d’abord, puis aux budgets des ménages et aux coûts des entreprises qui dépendent du transport. En France comme en Australie, les prix à la pompe illustrent déjà cette diffusion d’un choc né des tensions régionales.

Le Brent, référence internationale du pétrole, a dépassé 108 dollars le baril en fin de séance vendredi 11 septembre, après avoir approché les 110 dollars, selon *The Guardian*. Ce niveau est le plus élevé depuis la mi-mai. RFI relie cette hausse à l’impasse de la guerre au Moyen-Orient, à son extension vers la mer Rouge et aux perturbations persistantes dans le détroit d’Ormuz.

Le détroit constitue un point de passage majeur. Lorsqu’il est perturbé, la question ne porte pas seulement sur le pétrole brut disponible, mais aussi sur l’acheminement des produits raffinés. Le diesel est particulièrement surveillé, car il alimente à la fois les voitures, les livraisons et une part importante du transport de marchandises.

La pompe, premier relais du choc

En France, le litre de sans-plomb 95 se situe autour de 2,12 euros. C’est 40 centimes de plus qu’il y a six mois, soit une hausse de 31 %, d’après RFI. Le prix se rapproche ainsi du sommet atteint en 2022.

Les professions qui roulent beaucoup encaissent immédiatement cette augmentation. RFI rapporte le cas d’un chauffeur de taxi dont le plein coûte désormais 70 euros, contre 50 auparavant, et celui d’un livreur qui dit payer environ 20 euros pour un plein contre 13 euros précédemment. Ces hausses les conduisent à réduire les déplacements sans course ou à optimiser leurs trajets. Les particuliers peuvent plus facilement reporter un déplacement, privilégier le train ou chercher une station moins chère, mais cette marge de manœuvre est inégale selon le lieu de vie et le travail exercé.

En Australie, la transmission est attendue dans les prochaines semaines. Le responsable de la recherche sur les matières premières de CBA, Vivek Dhar, prévoit une hausse de 10 à 30 cents australiens par litre pour le diesel. Pour l’essence sans plomb, il évoque un passage possible d’environ 2,10 dollars australiens le litre dans les grandes villes de la côte est à 2,30 dollars.

Ces prévisions restent dépendantes de l’évolution du conflit et des approvisionnements. Dhar estime que le Brent pourrait osciller entre 70 et 100 dollars le baril tant que le marché ne sera pas rassuré sur les solutions de contournement du détroit d’Ormuz. Mais il juge plus préoccupante l’absence d’alternative immédiate pour les carburants raffinés si les perturbations perdurent.

Du carburant au coût de la vie

L’essence est une dépense directe pour les automobilistes. Le diesel agit aussi de manière plus diffuse : lorsqu’il renchérit le transport routier, il peut augmenter les coûts supportés par les entreprises et, à terme, les prix payés par les consommateurs. C’est cette seconde étape qui nourrit les craintes d’inflation.

Le baromètre de la précarité cité par RFI, réalisé par Ipsos auprès de 10 000 personnes dans dix pays européens en mai et juin, montre que 63 % des Européens redoutent de ne pas pouvoir faire face à la hausse des carburants. La proportion atteint 71 % en France, en hausse de 13 points sur un an. Au total, 86 % des personnes interrogées se disent préoccupées par l’ensemble des factures d’énergie, comprenant électricité, gaz et essence.

En France, 26 % des répondants se déclarent en situation de précarité, contre 29 % à l’échelle européenne. L’étude ne permet pas d’attribuer ces situations au seul pétrole, mais elle éclaire la vulnérabilité de ménages déjà soumis à plusieurs dépenses énergétiques.

La réponse publique reste incertaine. Le gouvernement français est, pour l’heure, défavorable à un plafonnement des prix de l’essence, selon RFI. L’année précédente, une aide destinée aux gros rouleurs avait été mise en place, sans que les sources ne précisent si une nouvelle mesure est envisagée.

En Australie, le risque dépasse la pompe. *The Guardian* rapporte que les marchés donnent 80 % de probabilité à une quatrième hausse des taux de la banque centrale le 29 septembre. Des taux plus élevés renchériraient notamment le crédit immobilier. Le choc énergétique peut donc frapper deux fois : par le plein et, si l’inflation s’installe, par le coût de l’emprunt. La durée des perturbations maritimes sera déterminante pour mesurer l’ampleur réelle de cette transmission.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. RFIrfi.fr
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com