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Europe

Au Royaume-Uni, l’ultradroite structure ses mobilisations anti-migrants

La Patriot Platform fédère des groupes locaux et met en scène des militants masqués. À Portsmouth, la police renforce son dispositif face aux risques de violences et d’intimidation.

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L’essentiel

  • La Patriot Platform rassemble des collectifs nationalistes locaux et revendique plus de 45 000 inscriptions, un total non vérifié indépendamment.
  • Ses mobilisations à Douvres et Portsmouth reposent sur des actions visibles, avec des militants masqués et vêtus de noir.
  • À Portsmouth, trois personnes ont été arrêtées lors du second week-end de protestation, sous un important dispositif policier.
  • La baisse des traversées en petites embarcations n’empêche pas ces groupes d’exploiter politiquement les arrivées de demandeurs d’asile.

La mobilisation anti-migrants ne se limite plus, au Royaume-Uni, à des rassemblements ponctuels autour de figures connues de l’extrême droite. La création en juin de la Patriot Platform illustre une organisation plus structurée, capable de réunir des groupes locaux, d’utiliser les réseaux sociaux pour recruter et de déplacer des militants vers des points d’arrivée de demandeurs d’asile.

Son fondateur, Daniel Thomas, connu sous le nom de « Danny Tommo », a diffusé début septembre une vidéo de recrutement montrant des hommes venus de plusieurs régions. Il revendiquait, le 12 août, plus de 45 000 inscriptions sur la plateforme en ligne. Ce chiffre n’a pas été vérifié de manière indépendante dans les sources disponibles.

Selon France 24, le mouvement réunit notamment des groupes nationalistes du sud-est anglais, dont les Kent Patriots, mais aussi des réseaux de Londres et du nord-ouest du pays. Ces collectifs avaient déjà mené des actions locales contre des lieux d’hébergement de migrants, parfois en s’y introduisant pour filmer l’intérieur, ou provoqué des affrontements.

Une démonstration de force organisée

Les 5 et 6 septembre, des centaines de militants vêtus de noir et dissimulant leur visage se sont rendus à Douvres et Portsmouth pour tenter d’entraver l’arrivée ou la prise en charge de migrants. La mise en scène n’est pas un détail : elle donne au mouvement une apparence d’autodéfense organisée plutôt que celle d’une simple manifestation politique.

William Allchorn, chercheur à l’université Anglia Ruskin de Cambridge, estime que ces groupes sont mieux organisés et mieux préparés que les mobilisations observées jusque-là. Laetitia Langlois, maîtresse de conférence à l’université d’Angers, y voit une logique d’intimidation et une esthétique évoquant une milice.

Le discours du groupe associe opposition à l’immigration, vocabulaire chrétien nationaliste et rhétorique de défense de la famille et de la patrie. Les migrants y sont notamment présentés comme une menace extérieure. Daniel Trilling, journaliste et auteur, souligne que ce langage s’inscrit aussi dans un environnement numérique où des personnalités et réseaux de la droite américaine ont accru la visibilité d’influenceurs britanniques d’extrême droite.

Portsmouth sous forte surveillance policière

Le 12 septembre, Portsmouth a connu un deuxième week-end de protestations après l’interception, le dimanche précédent, d’une embarcation transportant 140 demandeurs d’asile vers la ville. Des militants anti-immigration ont défilé sous une importante présence policière, tandis qu’une contre-manifestation était organisée séparément.

Trois personnes ont été arrêtées : deux hommes et un adolescent. L’un des hommes est soupçonné d’avoir dissimulé son identité, un autre d’avoir entravé la circulation, et l’adolescent est soupçonné de troubles violents en lien avec les incidents du week-end précédent. Une autre personne a comparu devant la justice, poursuivie notamment pour troubles violents et agression sur un policier.

La police avait prévenu qu’elle appliquerait les nouvelles dispositions lui permettant d’exiger le retrait des couvre-visages. La responsable de la police et de la criminalité du Hampshire et de l’île de Wight a indiqué que le rassemblement s’était déroulé plus calmement que celui de la semaine précédente, marqué par des dégradations et des blessures légères parmi les policiers. Elle a affirmé que cette règle devait être appliquée de façon égale aux deux camps.

Le gouvernement britannique a réaffirmé que le droit de manifester pacifiquement ne couvre ni les troubles ni l’intimidation. Les autorités cherchent donc à préserver ce droit tout en empêchant que des opérations visant les arrivées de migrants ne deviennent des démonstrations de force capables de perturber les ports et de créer un climat de peur.

Les traversées en petites embarcations ont pourtant baissé de plus de 40 % par rapport à la même période l’année précédente, selon The Guardian. Mais les itinéraires auraient évolué, avec des départs depuis des portions plus éloignées de la côte française, rendant les trajets plus dangereux. Cette baisse ne désamorce donc pas le sujet politique : la Patriot Platform tente au contraire de transformer chaque arrivée visible en occasion de mobilisation.

Son rapport avec Reform UK reste ambigu. Nigel Farage a condamné les violences, tout en affirmant que son parti serait le seul à stopper les bateaux. Pour les chercheurs cités par France 24, l’action de rue de groupes comme la Patriot Platform et la concurrence électorale sur l’immigration peuvent ainsi s’alimenter mutuellement, même sans coordination formelle.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. France 24 — Mondefrance24.com
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com