En Suède, un scrutin serré peut ouvrir le gouvernement à l’extrême droite
À la veille des législatives, les deux blocs se tiennent dans un mouchoir de poche. Une victoire de la droite pourrait donner aux Démocrates de Suède des ministères pour la première fois.
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L’essentiel
- Le bloc de centre gauche ne devance la droite que de 0,3 point dans le dernier sondage cité, pour un siège d’écart projeté.
- Une victoire de la droite pourrait faire entrer les Démocrates de Suède au gouvernement, après quatre ans de soutien extérieur.
- Les négociations dépendront notamment des petits partis et pourraient se prolonger après les résultats attendus dimanche soir.
- Le débat porte sur l’économie, les soins, l’ordre public et l’immigration, déjà durcie sous le gouvernement sortant.
Les électeurs suédois votent dimanche 13 septembre dans une élection législative où quelques sièges pourraient décider de la prochaine majorité. Le dernier sondage Dagens Nyheter/Ipsos, cité par *The Guardian*, ne séparait les blocs de gauche et de droite que de 0,3 point : 175 sièges pour la coalition de centre gauche, contre 174 pour le camp de droite.
L’opposition de centre gauche, menée par la sociale-démocrate Magdalena Andersson, conserve une courte avance dans les intentions de vote. Mais celle-ci s’est réduite en fin de campagne. Le Premier ministre sortant, Ulf Kristersson, chef des Modérés de centre droit, peut donc encore espérer rester au pouvoir.
L’enjeu dépasse l’alternance. En cas de majorité à droite, les Démocrates de Suède (SD) pourraient obtenir des postes ministériels. Ce serait une première pour cette formation d’extrême droite, créditée d’environ 20 % des voix par RFI.
D’un soutien extérieur à des ministres
Depuis 2022, Ulf Kristersson gouverne à la tête d’une coalition minoritaire soutenue par les Démocrates de Suède. L’accord conclu alors avait rompu avec la mise à l’écart durable du parti par les autres formations. Sans entrer au gouvernement, les SD ont pesé sur la politique menée, particulièrement sur l’immigration et la lutte contre la criminalité.
Pour ce scrutin, la droite traditionnelle a promis des portefeuilles aux Démocrates de Suède si elle l’emporte. Leur chef, Jimmie Åkesson, vise ainsi une place de partenaire gouvernemental plutôt que de simple appui parlementaire.
Cette promotion dépendra néanmoins de l’arithmétique électorale et des négociations. Les Libéraux, petite composante de la coalition au pouvoir, pourraient être déterminants pour former une majorité à droite. De l’autre côté, la participation et le score du Parti du centre compteront pour la coalition de gauche. Le niveau élevé attendu du vote anticipé ajoute une incertitude supplémentaire.
Les résultats sont attendus dimanche soir, mais la formation d’un gouvernement pourrait demander des semaines, voire des mois de tractations.
Immigration, sécurité et droits fondamentaux
Les thèmes dominants de la campagne sont les soins de santé, l’ordre public, l’immigration et l’économie. Les Démocrates de Suède ont placé l’immigration et la criminalité au centre du débat politique durant les quatre dernières années, selon RFI.
Leur programme prévoit notamment de retirer les permis de séjour permanent, de réduire encore l’immigration et d’inscrire dans la législation une disposition visant les sentiments qualifiés d’« anti-suédois » dans le cadre des règles sur l’incitation contre les groupes ethniques, rapporte *The Guardian*.
Sous le gouvernement sortant, la politique s’est déjà durcie. Le quotidien britannique cite parmi les évolutions la baisse de l’âge de responsabilité pénale, l’incarcération de jeunes de 14 ans dans des prisons pour adultes et l’expulsion d’adolescents. John Stauffer, directeur juridique de l’organisation Civil Rights Defenders, estime qu’une participation directe des SD au gouvernement prolongerait et accentuerait cette orientation, notamment en matière de protection des personnes migrantes.
La gauche ne promet toutefois pas un retour à la politique antérieure. Les sociaux-démocrates ont eux aussi adopté une ligne plus restrictive sur l’immigration, l’intégration et la criminalité. Selon John Stauffer, une victoire de leur camp ne conduirait probablement pas à défaire les mesures actuelles, mais pourrait freiner de nouveaux durcissements.
Une portée aussi européenne
L’entrée des SD au gouvernement serait observée au-delà de la Suède. Pour leurs détracteurs, elle pourrait encore éloigner le pays de son image de défenseur des droits humains et réduire son engagement dans le développement du cadre juridique international sur ce sujet.
Le vote intervient aussi alors que l’Alternative pour l’Allemagne est arrivée en tête dans des élections régionales importantes, et que Marine Le Pen est donnée en tête des sondages pour la présidentielle française de l’année prochaine. La Suède ne choisit pas seulement entre deux coalitions : elle dira si la normalisation parlementaire des Démocrates de Suède se transforme en accès direct à l’exécutif.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



