Les transferts des diasporas, un soutien vital mais une dépendance réelle
En 2025, les migrants ont envoyé 729 milliards de dollars vers les pays à faibles ou moyens revenus. Ces fonds protègent les ménages, sans pouvoir remplacer les services et investissements publics.
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L’essentiel
- Les transferts vers les pays à faibles ou moyens revenus ont atteint près de 729 milliards de dollars en 2025.
- Trois quarts de ces fonds financent les besoins immédiats des ménages, de l’alimentation aux soins.
- Leur poids, supérieur à 10 % du PIB dans 23 pays, soutient les économies mais peut accentuer leur dépendance à des revenus privés venus de l’étranger.
- Le FIDA estime que de meilleurs services financiers sont nécessaires pour transformer davantage ces envois en investissements.
Les diasporas et travailleurs migrants ont transféré près de 729 milliards de dollars à leurs proches dans les pays à revenus faibles ou moyens en 2025, selon le Fonds international de développement agricole (FIDA). Ce total est presque deux fois supérieur à celui d’il y a dix ans.
Quelque 220 millions de personnes ont effectué ces envois, qui ont soutenu environ 1,1 milliard de proches. Le phénomène dépasse donc largement un complément de revenu ponctuel : il est devenu l’une des principales sources de financement des ménages dans de nombreux pays.
Le FIDA relève que ces flux sont désormais supérieurs à l’aide publique au développement, annoncée en recul, comme aux investissements directs étrangers dans les pays bénéficiaires. Ils ont aussi servi d’amortisseur pendant les crises économiques, sanitaires, climatiques et géopolitiques de la dernière décennie.
D’abord payer les dépenses courantes
Les trois quarts des sommes reçues sont consacrés aux besoins immédiats, notamment l’alimentation, le logement et les soins. Le quart restant finance des dépenses de plus long terme, telles que l’éducation ou des projets entrepreneuriaux.
Cette répartition montre l’utilité directe de l’argent envoyé : une famille peut maintenir ses dépenses essentielles quand les revenus locaux ne suffisent plus ou lorsqu’un choc fait monter les prix. Mais elle limite aussi la part disponible pour créer une activité, investir ou épargner.
Les régions rurales reçoivent près d’un tiers du total mondial, soit 233 milliards de dollars. Dans ces zones, où les emplois formels, les services financiers et les infrastructures sont souvent défaillants, ces ressources peuvent aider les ménages à surmonter un choc climatique et à relancer ensuite leur production agricole.
En Afrique, les transferts ont dépassé 124 milliards de dollars l’an dernier, soit près du double du niveau observé dix ans plus tôt. Ils représentent 17 % des flux mondiaux. L’Égypte est devenue le premier pays destinataire du continent, avec 41,5 milliards de dollars, devant le Nigeria et le Maroc.
Un poids macroéconomique qui appelle à la prudence
Dans 23 pays, ces fonds équivalent à plus de 10 % du produit intérieur brut. La part atteint 58 % au Tadjikistan, 33 % au Liban et 30 % au Honduras. En Afrique, elle représente 11 % du PIB du Sénégal et dépasse 20 % au Liberia, en Gambie et aux Comores.
Ce poids apporte des devises et soutient la consommation. Il révèle aussi une vulnérabilité : une part considérable des ressources d’un pays dépend alors de revenus gagnés à l’étranger par ses ressortissants, et de décisions familiales privées. Le FIDA souligne explicitement que ces envois ne peuvent se substituer à l’investissement public, à la protection sociale, à l’aide humanitaire ou aux financements climatiques.
La progression tient en partie à la numérisation. En Afrique, la pandémie a accéléré la sortie de certains circuits informels, après l’interruption des voyages. Les coûts moyens des transferts ont diminué : de 7,4 % en 2016 à 6,4 % en 2025 à l’échelle mondiale. Le FIDA juge ce progrès insuffisant, car chaque commission réduit la somme réellement reçue par les familles.
L’organisation estime que les transferts produisent davantage d’investissement et d’activité entrepreneuriale là où les familles disposent de comptes bancaires et de services financiers fonctionnels. Elle évalue par ailleurs à environ 500 milliards de dollars l’épargne annuelle détenue par les diasporas. Encore faut-il, selon elle, des canaux d’investissement transparents, offrant protection et perspective de rendement, pour que cette épargne puisse contribuer durablement aux économies d’origine.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

