Les alertes sur l’IA font vaciller les valorisations technologiques
Les appels à freiner les modèles d’IA les plus puissants ont entraîné un recul des valeurs du secteur. Les marchés réévaluent le rythme auquel ces investissements géants pourront être rentabilisés.
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L’essentiel
- Les actions liées à l’IA ont reculé en Asie et en Europe après des appels à freiner le développement des modèles les plus puissants.
- Les investisseurs s’interrogent sur le délai et le coût de rentabilisation des dépenses massives en puces et infrastructures.
- Le recul n’a pas été uniforme : certaines entreprises exposées à la concurrence de l’IA ont progressé en Bourse.
- La rivalité technologique pourrait toutefois maintenir les investissements, avec davantage de dépenses consacrées à la sécurité.
Les marchés ont brutalement rappelé, lundi 14 septembre, que la hausse des valeurs liées à l’intelligence artificielle repose aussi sur une hypothèse : la poursuite sans entrave d’investissements considérables dans les puces, les centres de données et les modèles les plus avancés.
Après les appels de plusieurs dirigeants de la technologie à ralentir le développement jugé imprudent de ces systèmes, les actions du secteur ont reculé en Asie et en Europe. Le fonds japonais SoftBank a perdu 13 %. L’indice sud-coréen Kospi, très exposé aux fabricants de puces, a cédé 3 %. Taiwan Semiconductor Manufacturing Company a baissé de 1,2 %.
En Europe, ASML, fournisseur néerlandais d’équipements essentiels à la production de semi-conducteurs, a perdu jusqu’à 5,4 % en début de séance. Les contrats à terme sur le Nasdaq indiquaient aussi une ouverture en baisse de 1,3 % à New York.
Le coût d’un ralentissement attendu
Dario Amodei, dirigeant d’Anthropic, a demandé un ralentissement dans la mise au point des modèles les plus puissants. Il redoute que des agents d’IA, capables d’agir de manière autonome sur internet, puissent devenir difficiles à contrôler et causer des dommages de très grande ampleur. Sam Altman, d’OpenAI, Demis Hassabis, de Google DeepMind, et Elon Musk ont soutenu cet appel, selon The Guardian.
Pour les investisseurs, le sujet dépasse la seule question de sécurité. Un frein réglementaire, des procédures d’évaluation indépendantes ou des dépenses accrues de surveillance peuvent modifier le calendrier et le rendement des investissements. Or les entreprises du secteur ont engagé, ou prévoient d’engager, des centaines de milliards de dollars dans l’infrastructure informatique nécessaire à l’IA.
Les cours semblent donc intégrer le risque d’une montée en puissance moins rapide. Si les modèles sont déployés plus lentement, les commandes de puces et d’équipements, ainsi que les revenus attendus des services d’IA, peuvent être décalés. Cela ne signifie pas que la demande disparaît, mais que les valorisations devront davantage tenir compte des coûts, des règles à venir et de la capacité réelle des entreprises à dégager des profits.
Une baisse qui ne touche pas tous les secteurs de la même façon
Le mouvement a aussi profité à certaines sociétés considérées comme menacées par l’automatisation. Le groupe publicitaire WPP a gagné 3,1 % et l’entreprise d’analyse Relx 4,2 %. Le marché a ainsi déplacé une partie de ses anticipations : ce qui pourrait réduire la vitesse de diffusion de l’IA peut temporairement alléger la pression sur des groupes dont les activités sont exposées à ces outils.
La situation reste toutefois incertaine. Jim Reid, de Deutsche Bank, estime que la concurrence entre entreprises et entre pays rend peu probable un arrêt volontaire des dépenses. Il juge possible qu’une part plus importante des investissements soit affectée à la sécurité, au contrôle et à la gouvernance, sans remettre en cause la construction des capacités de calcul.
Les calendriers boursiers reflètent aussi cette prudence. The Guardian rapporte qu’Anthropic prépare une cotation aux États-Unis cette année et vise un deuxième trimestre consécutif de résultat opérationnel ajusté positif. OpenAI, en revanche, ne prévoit pas d’entrée en Bourse en 2026 en raison de préoccupations de sécurité. France 24 indique également que l’entreprise a repoussé son projet.
La prochaine question pour les marchés sera donc concrète : les garde-fous annoncés ralentiront-ils effectivement les déploiements, ou augmenteront-ils seulement le coût de la course technologique ?
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


