Dangote ouvre sa raffinerie au marché pour financer son expansion
L’opération à Lagos vise à lever jusqu’à 1,4 milliard de dollars pour agrandir le site. Elle teste aussi la capacité de l’épargne africaine à financer une industrie lourde locale.
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L’essentiel
- La raffinerie Dangote propose plus de quatre milliards d’actions afin de lever jusqu’à 2 150 milliards de nairas pour son expansion.
- Le groupe veut doubler une capacité actuelle d’environ 700 000 barils par jour et renforcer ses réseaux de stockage, de distribution et d’exportation.
- L’offre, accessible dès dix actions, doit mesurer l’appétit des particuliers et investisseurs africains pour financer un vaste projet industriel local.
- La réussite financière dépendra ensuite de la rentabilité du site, des prix du brut et de la gouvernance du groupe.
La raffinerie Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals a lancé lundi une offre publique sur le marché de Lagos. Plus de quatre milliards d’actions sont proposées, avec l’objectif de réunir jusqu’à 2 150 milliards de nairas, soit environ 1,4 milliard de dollars selon RFI.
L’enjeu immédiat est de financer l’extension du complexe situé en périphérie de Lagos. Entrée en fonctionnement en 2024, la raffinerie traite aujourd’hui environ 700 000 barils de brut par jour. Le groupe veut doubler cette capacité. The Guardian situe cet objectif d’ici à la fin de la décennie.
L’opération ne se limite donc pas à un changement d’actionnariat. Elle doit apporter des fonds propres à un projet industriel très coûteux, plutôt que de faire peser l’essentiel du financement sur l’endettement. C’est une distinction importante pour une raffinerie : l’agrandissement, les capacités de stockage et les réseaux de distribution exigent des investissements de plusieurs milliards de dollars avant de produire des revenus durables.
Un test pour le financement local
Dangote entend attirer des investisseurs institutionnels, mais aussi des particuliers. La souscription minimale est de dix actions, pour 5 250 nairas, soit moins de 4 dollars selon RFI. Le groupe vise jusqu’à 10 millions d’actionnaires sur le continent. Les achats peuvent être finalisés jusqu’au 13 octobre, précise The Guardian.
Cette ouverture au grand public peut élargir la base des investisseurs d’un projet industriel africain. Elle ne transforme toutefois pas une action en placement sans risque : son cours dépendra notamment de la capacité de la raffinerie à fonctionner à grande échelle, à dégager des bénéfices et à vendre sa production dans un marché pétrolier volatil.
La demande pour les titres sera observée de près. Une levée réussie montrerait que les marchés locaux peuvent mobiliser une part de l’épargne africaine pour des infrastructures industrielles de grande dimension. Mais le test se poursuivra après la souscription : une entreprise cotée doit continuer à convaincre ses actionnaires par ses résultats et sa gouvernance.
Davantage de produits raffinés dans la région
L’activité de la raffinerie a déjà modifié le rôle du Nigeria dans le pétrole. Avant son ouverture, le pays exportait du brut puis importait des carburants raffinés pour sa consommation intérieure, selon The Guardian. Il est désormais devenu exportateur net de carburants raffinés.
Le groupe prévoit d’augmenter ses exportations vers les autres pays africains, tout en développant le stockage et la distribution. Si l’expansion se réalise, une part plus grande de la valeur ajoutée liée au pétrole pourrait donc être créée localement, au lieu de provenir de produits transformés à l’étranger. La raffinerie fournit aussi du kérosène à l’Europe, indique RFI.
Cette stratégie reste exposée au prix du brut et aux perturbations de l’approvisionnement mondial. The Guardian relève que la guerre en Iran a contribué cette année à ces tensions, tandis que le Brent a atteint 108 dollars le baril lundi après des attaques contre un oléoduc saoudien.
L’offre renforce enfin la place d’Aliko Dangote dans l’économie nigériane. The Guardian rappelle que ses détracteurs mettent en cause son influence politique et les positions dominantes obtenues par son groupe dans certains secteurs. L’homme d’affaires répond que l’investissement et la production locale ne doivent pas être freinés par l’accusation de monopole. Pour les futurs actionnaires comme pour les autorités, la question sera de savoir si cette puissance industrielle s’accompagne d’une concurrence effective et d’une information suffisante sur la conduite de l’entreprise.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



