En Russie, le financement de la guerre pèse sur l’économie civile
La hausse des dépenses militaires, les frappes ukrainiennes et les sanctions ralentissent l’économie russe. Le pouvoir conserve des leviers financiers, mais le quotidien se tend et la contestation reste verrouillée.
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L’essentiel
- Les dépenses militaires russes ont augmenté de 30 % au premier semestre, malgré un objectif initial de baisse en 2026.
- La Russie peut encore emprunter, mais ses réserves liquides diminuent et le coût de la dette augmente avec les taux élevés.
- Inflation, pénuries de carburant et restrictions d’internet rendent les effets de la guerre plus perceptibles dans la vie quotidienne.
- Le durcissement contre Iabloko limite l’expression électorale de l’opposition à la guerre avant les législatives de septembre.
L’économie russe conserve des capacités de financement, mais la guerre en Ukraine en rend le coût plus visible pour les ménages comme pour le budget de l’État. La croissance prévue pour 2026 n’est plus que de 0,6 %, après 1 % en 2025 et 4,9 % en 2024, selon les chiffres rapportés par RTS. L’inflation atteint 6,3 % et le taux directeur de la banque centrale 14 %, ce qui renchérit les crédits des entreprises, des ménages et, indirectement, de l’État.
L’effort militaire reste prioritaire. D’après une étude citée par RFI, les dépenses militaires ont augmenté de 30 % au premier semestre, alors que Moscou envisageait initialement de les réduire en 2026. Pour Janis Kluge, spécialiste de l’économie russe à l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, cet écart entre les prévisions et l’exécution budgétaire suggère que les coûts du conflit sont de plus en plus difficiles à contenir.
En juillet, le déficit budgétaire représentait 2,8 % du produit intérieur brut, tandis que les liquidités du Fonds national de richesse étaient tombées à 1,6 % du PIB, selon cet expert interrogé par RFI. Le déficit seul ne provoque pas nécessairement une crise immédiate : la dette publique russe demeure relativement faible et l’État peut emprunter sur le marché intérieur. Mais cette solution devient plus coûteuse à mesure que les taux d’intérêt restent élevés.
Des réserves moins disponibles et une pression fiscale accrue
Le Fonds national de richesse avait servi de réserve financière au début de l’invasion à grande échelle. Ses liquidités ne suffiraient désormais plus à couvrir le déficit actuel, selon Janis Kluge. L’État devra donc davantage emprunter auprès des banques russes. Il pourrait aussi relever encore les impôts, après les hausses de TVA cette année et de l’impôt sur le revenu ainsi que de l’impôt sur les bénéfices l’an dernier.
Les dépenses civiles ne sont pas nécessairement appelées à subir une coupe unique et spectaculaire. L’expert évoque plutôt une pression répartie sur les budgets, qui pourrait ralentir les investissements d’infrastructure et l’entretien des routes. Les dépenses sociales sont politiquement plus sensibles. La question centrale sera le prochain budget, attendu à la fin septembre : il devra préciser la part assumée par la dette, la fiscalité ou les économies civiles.
Les frappes ukrainiennes ajoutent une contrainte concrète. Des attaques ont visé des raffineries, des dépôts pétroliers et des entrepôts de commerce en ligne. Vladimir Poutine a estimé le 1er septembre que les dommages cumulés correspondaient à environ 1 % du PIB russe. Les pénuries de carburant se sont améliorées par rapport à juin et juillet, d’après RFI, mais elles ont touché de larges zones, y compris Moscou et Saint-Pétersbourg, selon RTS.
Ces attaques comptent aussi par leur effet sur les anticipations. Janis Kluge relève une hausse des rendements des obligations d’État à long terme, signe que les investisseurs intègrent davantage le risque lié à la durée du conflit.
Un mécontentement sans débouché électoral
La situation sociale n’est pas uniforme. Les salariés de l’industrie de défense et de l’armée ont bénéficié d’emplois et de revenus plus élevés. Janis Kluge estime qu’en moyenne les revenus réels ont progressé depuis le début de la guerre, grâce aux dépenses publiques massives. Cet effet de stimulation, qualifié de « keynésianisme militaire », paraît toutefois s’essouffler dans une économie confrontée à une pénurie de main-d’œuvre.
Pour une part croissante de la population, les hausses de prix, les difficultés d’accès au carburant et les coupures d’internet rendent la guerre moins lointaine. RTS rapporte que deux tiers des Russes disent avoir été confrontés ces derniers mois à au moins l’un de ces problèmes, sur la base de sondages du centre Levada cités par Tatiana Kastouéva-Jean, de l’IFRI.
Cette dégradation ne se traduit pas, à ce stade, par une opposition politique ouverte. Les législatives prévues du 18 au 20 septembre se déroulent après l’interdiction faite à Iabloko, présenté par RTS comme le seul parti anti-guerre, de participer au scrutin. Son vice-président a été condamné à onze ans de prison le 17 août pour ses critiques de l’offensive, tandis que huit membres du parti sont déjà détenus.
Le coût politique de la guerre dépendra ainsi autant de l’inflation et de la fiscalité que de la capacité du pouvoir à éviter une mobilisation forcée. Celle-ci, selon Janis Kluge, pourrait accroître les tensions sociales et provoquer de nouveaux départs à l’étranger.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


