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Économie

Le projet américain sur le diesel inquiète déjà l’Europe

Washington envisagerait de bloquer pendant 90 jours les exportations de diesel. Le projet, encore incertain, pourrait alléger brièvement les prix américains mais renchérir l’approvisionnement européen.

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Ancienne pompe à essence affichant « diesel »
Ancienne pompe à essence affichant « diesel ». Photographie d’archive. Image : Palauenc05 (CC BY-SA 4.0)

L’essentiel

  • L’administration Trump envisagerait une suspension de 90 jours des exportations de diesel, sans décision finale confirmée.
  • La mesure viserait à abaisser les prix américains, mais les raffineurs et le secrétaire à l’Énergie redoutent un effet inverse à terme.
  • L’Europe ne manquerait vraisemblablement pas immédiatement de diesel, mais devrait payer davantage pour remplacer les cargaisons américaines.
  • La Commission européenne réclame une concertation avec Washington face au risque de perturbation commerciale.

L’administration de Donald Trump étudie une interdiction temporaire des exportations américaines de diesel, selon des informations rapportées par plusieurs médias. La mesure durerait 90 jours et viserait à faire retomber les prix à la pompe aux États-Unis, à l’approche des élections de mi-mandat.

Le projet n’est toutefois pas arrêté. RFI indique qu’il est encore en cours d’élaboration et qu’il suscite des désaccords au sein de l’administration comme dans le secteur américain du raffinage. Le président américain a lui-même confirmé avoir demandé à ses équipes d’envisager de conserver le diesel produit dans le pays. Cette prise de position rend l’hypothèse crédible, sans établir qu’une décision formelle sera prise ni préciser son périmètre exact.

Une réponse aux prix et à l’électorat rural

Le diesel américain a atteint environ 6,5 dollars le gallon, contre 3,76 dollars avant la guerre mentionnée par RFI, à la fin février. La hausse pèse notamment sur les exploitations agricoles, qui utilisent ce carburant pour les récoltes et le transport des productions, ainsi que sur la logistique.

À court terme, des cargaisons initialement destinées à l’Europe ou à l’Asie pourraient alimenter le marché intérieur. L’offre disponible augmenterait alors temporairement. C’est l’objectif politique recherché : donner un répit aux ménages et aux entreprises américains exposés à la hausse du carburant.

Mais Chris Wright, le secrétaire américain à l’Énergie, a qualifié l’interdiction d’outil brutal susceptible de nuire, à terme, à l’approvisionnement américain lui-même. Le raisonnement des raffineurs est le suivant : privés d’une partie de leurs débouchés extérieurs, ils pourraient réduire leur activité. Une production moindre finirait par restreindre l’offre intérieure, donc par exercer une pression inverse sur les prix. Ce risque est au cœur des réserves exprimées aux États-Unis.

Une dépendance européenne redevenue visible

Pour l’Europe, le sujet dépasse le seul prix à la pompe. Les États-Unis ont représenté un tiers des importations européennes de diesel depuis le début de l’année, puis environ la moitié en août, selon les données citées par les sources. Cette dépendance s’est accrue alors que les capacités de raffinage au Moyen-Orient et en Russie ont été perturbées, et que l’Union européenne doit interdire les livraisons de pétrole russe à partir de 2027.

L’Europe produit environ 70 % du diesel qu’elle consomme et dispose de stocks. Une pénurie immédiate n’est donc pas le scénario avancé par les spécialistes cités par *The Guardian*. En revanche, l’absence de cargaisons américaines obligerait les acheteurs européens à rivaliser avec l’Asie pour les volumes disponibles, notamment au Moyen-Orient et en Inde. Le surcoût se transmettrait aux transporteurs, à l’agriculture et aux automobilistes.

Le Royaume-Uni serait particulièrement exposé. Il ne compte plus que quatre raffineries en activité après les fermetures de Grangemouth et de Lindsey l’an dernier. Selon RSM UK, la perte d’environ 90 000 barils quotidiens de distillats américains, soit 18 % de la consommation britannique, accroîtrait fortement cette vulnérabilité.

Bruxelles demande une concertation

La Commission européenne a fait part de sa préoccupation. Son porte-parole, Olof Gill, estime qu’une perturbation du commerce du diesel pénaliserait les deux rives de l’Atlantique et attend des partenaires proches qu’ils se consultent avant toute mesure affectant des marchés communs. Des contacts de haut niveau avec Washington sont en cours.

Le marché semble pour l’instant attendre davantage qu’une intention présidentielle. Mais une interdiction, même brève, testerait à la fois l’équilibre économique des raffineries américaines et la capacité des Européens à sécuriser leurs approvisionnements sans faire monter davantage les prix.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. RFIrfi.fr
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com