Carburants : l’Europe cherche une réponse fiscale à une facture qui s’envole
La flambée du pétrole et les ruptures d’approvisionnement font grimper les prix à la pompe. Plusieurs États veulent taxer les gains exceptionnels du secteur, mais Bruxelles n’a encore proposé aucun dispositif commun.
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L’essentiel
- Les prix de l’essence et surtout du diesel atteignent des niveaux records dans plusieurs pays européens, sur fond de tensions au Moyen-Orient.
- Les aides ciblées aux secteurs les plus exposés limitent la dépense publique, tandis que les baisses générales de taxes coûtent davantage aux budgets nationaux.
- Six pays demandent une taxe européenne sur les bénéfices exceptionnels des groupes pétroliers, mais la Commission n’a pas prévu de mécanisme commun à ce stade.
- La baisse durable des prix dépend aussi du rétablissement des voies d’approvisionnement, notamment du détroit d’Ormuz.
Les prix des carburants atteignent ou approchent des records dans plusieurs pays européens, sous l’effet de la guerre en Iran et des tensions qui pèsent sur les voies d’approvisionnement du Moyen-Orient. Le pétrole est remonté au-dessus de 100 dollars le baril, soit environ 50 % de plus qu’avant le conflit iranien selon les données citées par *The Guardian*.
Pour les ménages, la hausse se voit d’abord au plein. En Allemagne, le diesel a atteint mercredi 2,45 euros le litre en moyenne et l’essence 2,31 euros, d’après l’association automobile ADAC. Aux Pays-Bas, les moyennes relevées étaient de 2,73 euros pour l’essence et de 2,78 euros pour le diesel. Dans l’Union européenne, sur un an, l’essence coûte 24 % de plus et le diesel 38 % de plus. Le kérosène a, lui, plus que doublé.
La Suisse est aussi touchée. Le TCS a annoncé vendredi un prix moyen record de 2,41 francs pour un litre de diesel. L’essence sans plomb 95 s’établit à 2,10 francs. La hausse ne dépend pas seulement du brut : les capacités mondiales de raffinage du diesel sont limitées, tandis que les flux de produits raffinés sont perturbés. Le faible niveau du Rhin renchérit aussi le transport vers la Suisse. Selon le TCS, le seul surcoût du fret fluvial ajoute 15 centimes au litre d’essence.
Des secteurs professionnels directement exposés
Les carburants ne pèsent pas de la même manière selon les activités. Les pêcheurs, les agriculteurs, les entreprises de construction, les transporteurs ou les artisans utilisant quotidiennement un véhicule absorbent une partie du choc dans leurs marges ou le répercutent dans leurs prix. En France, des pêcheurs ont bloqué jeudi l’accès à deux ports et à un dépôt de carburant du sud du pays, alors que le diesel atteignait 2,37 euros le litre.
Le gouvernement français a prolongé jusqu’à la fin de l’année les aides d’urgence destinées à l’agriculture, à la pêche et au bâtiment. Après des discussions avec les pêcheurs, il a aussi promis des prêts sans intérêt aux professionnels confrontés à des problèmes de trésorerie, avec des soutiens liés à l’évolution des prix des carburants. Paris refuse toutefois une baisse générale des prix, jugeant qu’une aide versée également aux personnes qui n’en ont pas besoin finirait par devoir être financée par tous.
L’Italie a retenu une réponse plus large. La coalition de Giorgia Meloni prévoit de supprimer dès l’an prochain la taxe routière pour 14,5 millions de voitures et motos, pour un coût supérieur à 2 milliards d’euros. Cette mesure s’ajoute à une baisse de fiscalité sur le diesel qui a déjà coûté 2,8 milliards d’euros. L’Espagne a pour sa part doublé sa remise sur le diesel à 20 centimes par litre depuis le 1er septembre.
Une taxe européenne encore au stade de la demande
L’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la Pologne, le Portugal et l’Espagne réclament une taxe exceptionnelle européenne sur les bénéfices des groupes pétroliers. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, demande à la Commission européenne de présenter des modèles d’ici le mois prochain. Les États favorables au prélèvement veulent employer son produit pour aider les consommateurs et les entreprises exposés à la hausse de l’énergie.
Une telle taxe viserait les profits considérés comme exceptionnels, c’est-à-dire ceux que les entreprises tireraient de circonstances de marché hors norme. Mais l’idée n’est pas une décision : les appels lancés depuis avril, puis en août, n’ont pas encore abouti. Le commissaire européen à l’Économie, Valdis Dombrovskis, a indiqué que la Commission n’envisageait pas, à ce stade, de mécanisme fiscal européen, tout en se disant prête à en discuter. Les États membres restent libres d’instaurer leurs propres prélèvements.
Le débat oppose donc deux logiques. Une taxe commune pourrait financer des soutiens ciblés sans accroître directement les déficits nationaux, à condition que son assiette, son rendement et l’usage de ses recettes soient clairement définis. Les baisses générales de taxes, elles, réduisent immédiatement la facture à la pompe mais ont un coût budgétaire certain et profitent aussi aux consommateurs les moins affectés.
À court terme, aucune mesure fiscale ne peut rétablir les flux physiques. Le ministre irlandais des Finances, Simon Harris, estime que la réponse la plus efficace reste une désescalade régionale et la réouverture du détroit d’Ormuz. C’est donc autant l’évolution du conflit que les décisions de Bruxelles et des capitales qui déterminera la prochaine facture énergétique des Européens.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



