Washington classe Los Tiguerones parmi les organisations terroristes
La désignation américaine du gang équatorien étend les outils financiers et sécuritaires de Washington. Elle accompagne une coopération militaire déjà renforcée avec Quito.
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L’essentiel
- Les États-Unis ont classé Los Tiguerones comme organisation terroriste, ce qui bloque son accès au système financier américain et interdit les transactions ou soutiens en sa faveur.
- Washington veut demander 45 millions de dollars au Congrès, mais cette somme n’est pas encore accordée.
- La mesure accompagne une coopération opérationnelle déjà renforcée entre forces américaines et équatoriennes, notamment dans le Pacifique.
- Les opérations contre des embarcations présumées liées au trafic font l’objet de critiques sur les preuves avancées et leurs conséquences humaines.
Les États-Unis ont désigné le gang équatorien Los Tiguerones comme organisation terroriste. L’annonce a été faite à Quito par le secrétaire d’État Marco Rubio, après un entretien avec le président Daniel Noboa. Elle inscrit la lutte antidrogue entre les deux pays dans un cadre plus large que la seule interception des cargaisons.
Cette qualification donne d’abord à Washington un levier financier. Selon Marco Rubio, elle interdit au groupe l’accès au système financier américain ainsi que toute transaction ou tout soutien en sa faveur. L’objectif est de ne pas limiter l’action aux membres armés, mais de viser aussi les circuits qui permettent à l’organisation de fonctionner : transferts d’argent, blanchiment et soutiens matériels.
Les sources attribuent à Los Tiguerones des activités de trafic de drogue et d’armes, d’extorsion, d’exploitation minière illégale et de blanchiment. Marco Rubio a aussi évoqué des attaques contre des civils, des policiers et des journalistes. Le gang avait notamment pris d’assaut une chaîne de télévision durant une émission en direct en 2024, épisode devenu l’un des symboles de la crise sécuritaire équatorienne.
Une coopération opérationnelle appelée à s’intensifier
La désignation ne constitue pas, à elle seule, une opération militaire ni une aide financière immédiatement débloquée. Marco Rubio a annoncé qu’il demanderait au Congrès américain 45 millions de dollars supplémentaires pour des efforts visant à démanteler ces groupes, sans préciser la répartition envisagée ni le calendrier d’un éventuel vote.
En revanche, elle accompagne une coopération déjà très étroite. Le chef de la diplomatie américaine a affirmé que des forces d’élite américaines et équatoriennes travaillaient quotidiennement ensemble. Washington doit également fournir un patrouilleur des garde-côtes et cinq navires d’interception.
Les deux pays mènent déjà des opérations contre des bateaux de pêche accusés de servir au trafic dans le Pacifique équatorien. Six embarcations ont été coulées en deux semaines, selon France 24. Ces actions suscitent des critiques de défenseurs des droits humains. Le Guardian rapporte par ailleurs que des frappes controversées contre des bateaux ont fait au moins 227 morts, que l’administration américaine présente comme des trafiquants sans avoir fourni d’éléments de preuve.
Le durcissement des instruments américains intervient alors que l’Équateur est devenu une importante plateforme de départ de cocaïne. Sa façade pacifique et sa position entre la Colombie et le Pérou, deux grands producteurs de cocaïne, en font un point de passage vers les États-Unis et l’Europe. France 24 indique que 70 % de la cocaïne mondiale partirait désormais du pays.
Un cadre régional plutôt qu’une mesure isolée
Washington avait déjà recouru à cette désignation contre d’autres gangs équatoriens, ainsi que contre le Tren de Aragua vénézuélien et le cartel mexicain de Sinaloa. L’administration Trump l’intègre à son initiative du « Bouclier des Amériques », une coalition destinée à resserrer la coopération sécuritaire avec des gouvernements alliés de la région.
Pour Quito, l’intérêt est d’obtenir davantage de moyens maritimes, de renseignement et de coordination face à des réseaux transnationaux. Pour Washington, la qualification terroriste facilite une pression plus large sur les financements et les soutiens du gang. Son efficacité dépendra toutefois des ressources que le Congrès acceptera de voter, des informations que les deux pays partageront et de la capacité des opérations à distinguer les trafiquants présumés des autres personnes visées sur mer.
La prochaine étape confirmée est donc politique et budgétaire à Washington : la demande de 45 millions de dollars doit encore être examinée par le Congrès.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


