Mayyoun donne aux Houthis un levier supplémentaire sur Bab el-Mandeb
La prise de l’île de Mayyoun consolide la position des Houthis à l’entrée sud de la mer Rouge. Elle accroît le risque pour le trafic maritime, sans régler une guerre yéménite qui peut encore basculer au sol.
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L’essentiel
- Les Houthis ont pris l’île de Mayyoun, qui se trouve au centre de la partie la plus étroite du détroit de Bab el-Mandeb.
- Cette position renforce la menace sur une route essentielle entre l’Asie, l’Europe et le Moyen-Orient, sans équivaloir à une fermeture automatique du passage.
- Le camp gouvernemental yéménite pourrait tenter une contre-offensive, avec un appui saoudien dont l’ampleur reste inconnue.
- Les sources divergent sur le nombre de personnes déplacées, signe des difficultés de vérification dans ce conflit.
Les Houthis se sont emparés vendredi 11 septembre de l’île de Mayyoun, aussi appelée Perim, dans le détroit de Bab el-Mandeb. Cette île rocheuse se situe au milieu du passage et sépare sa partie la plus étroite en deux voies de navigation. France 24 et Euronews font état de cette prise de contrôle, tandis que RFI indique que les rebelles contrôlent désormais toute la côte yéménite de la mer Rouge.
Le fait nouveau est moins une fermeture effective du détroit qu’un renforcement territorial et militaire des Houthis autour de cette voie maritime. Après la prise de Mokha, ville portuaire stratégique, et de l’île de Zuqar selon Euronews, Mayyoun leur donne une position supplémentaire au plus près des navires qui entrent ou sortent de la mer Rouge.
Une route commerciale davantage exposée
Bab el-Mandeb relie la mer Rouge au golfe d’Aden. C’est donc un passage central entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe par le canal de Suez. Euronews rappelle que les détroits de Bab el-Mandeb et d’Ormuz concentrent plus d’un quart du commerce maritime de pétrole brut et de produits pétroliers. Près d’un tiers du trafic mondial de conteneurs passe, lui, par la mer Rouge.
La prise de Mayyoun ne signifie pas à elle seule que les Houthis peuvent empêcher tous les mouvements de navires. Mais elle rend leur menace plus crédible, alors que le groupe a déjà visé des bâtiments dans ce passage. Le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a déclaré que les navires saoudiens restaient interdits. Un membre de leur bureau politique, Hazem al-Assad, avait auparavant assuré que la navigation internationale demeurait sûre.
L’enjeu dépasse donc le Yémen. La fermeture par l’Iran du détroit d’Ormuz, évoquée par les sources, a déjà accru la pression sur les routes énergétiques. Une perturbation durable à Bab el-Mandeb réduirait encore les options de transit maritime entre l’Asie et l’Europe, avec des conséquences possibles sur les coûts de transport et l’approvisionnement en énergie.
Une victoire tactique, pas la fin de la guerre
Sur le terrain, cette avancée souligne la faiblesse du camp gouvernemental yéménite, reconnu internationalement et soutenu par l’Arabie saoudite. La chercheuse Maysaa Shuja Al-Deen, interrogée par RFI, décrit des forces gouvernementales divisées entre plusieurs factions et très dépendantes de l’appui saoudien. Une cellule de coordination militaire vient d’être créée, mais tardivement.
Elle estime toutefois qu’une contre-offensive reste possible. La zone conquise est faite de plaines, où un soutien aérien aux troupes gouvernementales pourrait peser davantage que dans les régions montagneuses. Riyad hésite à accroître son engagement : une opération plus vaste aurait un coût et pourrait provoquer l’extension des tirs de missiles houthis contre le royaume.
La prise de Mayyoun augmente ainsi la capacité de nuisance maritime des Houthis, mais ne stabilise pas leur conquête. La prochaine question est militaire et politique : le gouvernement yéménite et ses soutiens tenteront-ils de reprendre le littoral, au risque d’élargir encore un conflit déjà meurtrier et d’exposer davantage le commerce maritime ?
Les bilans humains demeurent incertains. L’Organisation internationale pour les migrations a fait état, selon Euronews, de plus de 500 morts et d’environ 46 000 déplacés depuis l’offensive. RFI rapporte de son côté que près de 20 000 personnes ont fui leur foyer cette semaine. Cet écart illustre la difficulté à établir un décompte fiable au milieu des combats et de la désinformation en ligne documentée par RFI.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 3 rédactions indépendantes.



