Le Pakistan frappe dix sites afghans, les talibans menacent de répondre
Islamabad dit avoir visé des infrastructures de drones en Afghanistan. Kaboul dénonce la mort de quatre civils, dans un conflit frontalier de nouveau exposé au risque d’escalade.
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L’essentiel
- Le Pakistan affirme avoir frappé dix sites afghans liés à des drones, après avoir dénoncé l’incursion de 23 appareils sur son territoire.
- Les talibans font état de quatre civils tués dans les provinces de Kandahar, Paktia et Khost, et contestent implicitement la nature militaire des cibles.
- Les versions adverses restent inconciliables sur les drones, les objectifs visés et le bilan humain.
- Après l’attaque de Kohat et les frappes de Kunar, les menaces réciproques font craindre une nouvelle escalade transfrontalière.
Le Pakistan a annoncé avoir mené des frappes aériennes et de drones contre dix sites en Afghanistan. Islamabad affirme que ces emplacements servaient au stockage ou au lancement d’appareils dirigés vers son territoire. Le gouvernement taliban, lui, fait état de quatre civils tués et promet une réponse.
Les bombardements ont touché Kandahar, Paktia et Khost, selon le porte-parole taliban Zabihullah Mujahid. À Kandahar, un habitant a rapporté avoir entendu un avion, puis une forte explosion suivie d’un incendie. La ville est un centre de pouvoir des talibans et abrite leur chef suprême, Hibatullah Akhundzada.
Des versions irréconciliables sur les cibles
Islamabad présente l’opération comme une action ciblée contre des objectifs militaires. Le ministère pakistanais de l’Information la relie à l’incursion, la veille, de 23 drones venus selon lui d’Afghanistan. La BBC rapporte également que le Pakistan dit avoir détecté des drones lancés depuis l’Afghanistan et les avoir tous neutralisés. Les autorités talibanes nient avoir envoyé ces appareils.
Kaboul conteste surtout la nature des cibles. À Paktia, un responsable local a déclaré que les avions avaient visé le 203e corps Mansouri des forces armées afghanes, contrôlé par les talibans, sans fournir de bilan. À Khost, les autorités provinciales ont signalé des habitations endommagées, sans victimes. Des habitants interrogés sur place ont affirmé qu’il n’y avait ni base ni personnel militaire dans leur zone.
Le bilan de quatre morts civils avancé par Zabihullah Mujahid n’est pas corroboré indépendamment dans les éléments disponibles. Islamabad ne donne de son côté ni localisation précise de ses dix objectifs ni bilan humain. Ce double flou, sur les cibles comme sur les victimes, rend difficile l’évaluation immédiate de l’opération.
Une riposte après l’attaque de Kohat
Cette nouvelle vague intervient après l’attaque du 18 septembre contre un quartier général de police à Kohat, dans le nord-ouest du Pakistan. Au moins 31 personnes, dont 16 policiers, y ont été tuées. Le groupe Ittehad-ul-Mujahideen Pakistan, présenté comme lié au Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP), l’a revendiquée.
Le Pakistan accuse depuis longtemps les autorités talibanes afghanes de laisser agir sur leur territoire des groupes responsables d’attaques au Pakistan, dont le TTP. Kaboul rejette cette accusation et considère que la violence armée relève d’un problème intérieur pakistanais.
Lundi, de précédentes frappes pakistanaises dans la province afghane de Kunar avaient déjà illustré l’affrontement des récits. Islamabad avait annoncé la mort de 28 combattants qualifiés de terroristes. Les talibans avaient fait état de trois civils tués et quatre blessés. La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan avait confirmé qu’au moins trois civils avaient été tués.
Le risque d’un cycle de représailles
Les autorités talibanes qualifient les nouveaux bombardements d’agression et menacent l’armée pakistanaise de graves conséquences. Le Pakistan avertit à l’inverse qu’il répondra à tout acte qu’il jugerait provocateur. Aucun mécanisme de désescalade n’est annoncé.
Les deux voisins avaient connu trois mois d’accalmie avant la reprise des combats. Un cessez-le-feu conclu en mars n’a pas produit de règlement durable, malgré les médiations internationales. Selon la mission de l’ONU, les violences armées transfrontalières ont tué au moins 499 civils et blessé 1 216 autres entre octobre 2025 et juin 2026.
L’enjeu immédiat est donc moins la seule revendication des dix cibles que la suite donnée aux menaces. Toute riposte afghane, ou toute nouvelle frappe pakistanaise fondée sur des accusations de soutien au TTP, pourrait élargir un conflit déjà meurtrier pour les populations frontalières.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


