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En Éthiopie, l’offensive du Tigré élargit le risque de guerre

Les combats ont gagné l’Afar et l’Amhara après une alliance de groupes armés autour du TPLF. Les bilans restent invérifiables, mais la crise menace l’accord de paix de 2022.

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Véhicule militaire en feu dans une rue
Véhicule militaire en feu dans une rue. Photographie d’archive. Image : Signal Corps Photographs of American Military Activity (Public domain)

L’essentiel

  • L’armée fédérale affirme avoir repoussé l’offensive du TPLF et de ses alliés, avec un bilan qu’aucune source indépendante n’a confirmé.
  • Les combats signalés en Afar et en Amhara font craindre un conflit élargi, au-delà du seul Tigré.
  • La reprise des hostilités met directement en péril l’accord de Pretoria, conclu après la guerre de 2020 à 2022.
  • L’ampleur humanitaire reste inconnue, faute d’accès indépendant et de bilan civil disponible.

Les affrontements opposant les forces fédérales éthiopiennes aux combattants du Tigré ont franchi un nouveau seuil. Après des mois de tensions, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et des groupes alliés ont engagé une offensive sur plusieurs fronts dans le nord du pays, y compris au-delà des limites du Tigré.

L’armée fédérale affirme avoir repoussé des attaques dans la zone de North Wollo, en Amhara. Elle revendique 272 combattants rebelles tués et 260 blessés, ainsi que la saisie d’armes. Ces chiffres, comme son récit des opérations, n’ont pas été confirmés de manière indépendante. Le TPLF n’a pas répondu aux déclarations de l’armée rapportées par la BBC.

Une offensive qui dépasse le Tigré

Le TPLF avait annoncé dimanche une coalition avec six autres groupes armés, l’Alliance des forces des peuples éthiopiens pour la survie. Son objectif déclaré est de renverser le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. Cette alliance donne à la crise une dimension nationale, alors que l’Éthiopie connaît déjà des conflits de différentes intensités dans plusieurs États régionaux.

Les forces tigréennes ont ensuite pris le contrôle de trois aéroports du Tigré, auparavant gardés par la police fédérale. Ethiopian Airlines a suspendu ses liaisons avec la région. Mais l’enjeu militaire se situe désormais aussi dans les régions voisines.

En Afar, une source humanitaire a fait état auprès de l’AFP de tirs d’artillerie lourde visant la ville de Yallo, près de la frontière avec le Tigré. Des sources citées par l’AFP indiquent également la prise d’Abala et de plusieurs autres localités de l’Afar par les combattants tigréens, sans vérification indépendante. En Amhara, des combats ont été signalés autour de Weldiya et près de Lalibela. Les vols à destination de cette dernière ville ont été suspendus, selon une source sécuritaire citée par l’AFP.

Cette extension géographique est déterminante. Une confrontation limitée au Tigré serait déjà une rupture grave avec le cessez-le-feu. Des combats dans l’Afar et l’Amhara peuvent en revanche ouvrir plusieurs axes de guerre et entraîner davantage de groupes locaux dans le conflit.

L’accord de Pretoria fragilisé

La guerre de 2020 à 2022 entre Addis-Abeba et le TPLF avait causé environ 600 000 morts, selon l’estimation attribuée au médiateur de l’Union africaine. L’accord de Pretoria, négocié sous l’égide de cette organisation, avait mis fin aux combats ouverts. Il n’avait toutefois pas réglé les accusations réciproques entre le gouvernement fédéral et les autorités tigréennes.

Les deux camps s’accusent aujourd’hui d’avoir provoqué la reprise des hostilités. Le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a déclaré à l’AFP que la situation relevait désormais d’une guerre ouverte. De son côté, le président éthiopien Taye Atske-Selassie Amde a dénoncé devant l’Assemblée générale des Nations unies des forces de déstabilisation et des ingérences extérieures.

Le risque régional ne se limite pas aux frontières éthiopiennes. Des analystes cités par *The Guardian* estiment que le TPLF bénéficie d’un soutien de l’Érythrée, pays avec lequel l’Éthiopie entretient de fortes tensions autour de l’accès à la mer Rouge. La porte-parole d’Abiy Ahmed a aussi accusé l’Érythrée d’un appui financier à l’alliance rebelle. Asmara a déjà démenti des accusations similaires. Le TPLF dit ne pas connaître les intentions érythréennes.

Les civils déjà sous pression

Aucun bilan civil, ni donnée sur d’éventuels déplacements de population, n’est disponible dans les informations rapportées. L’accès indépendant aux zones de combat est très limité, ce qui empêche de mesurer l’ampleur réelle de l’offensive et ses conséquences immédiates.

À Mekele, la capitale régionale du Tigré, un habitant a décrit à la BBC une ville sans combats directs mais paralysée par l’inquiétude. Il évoque des difficultés d’accès à l’argent liquide, après plusieurs mois sans budget versé aux fonctionnaires selon son témoignage, et la crainte d’une coupure des communications.

L’Union africaine a appelé les parties à la retenue et à reprendre des discussions directes. L’Union européenne a demandé une désescalade immédiate et le respect de l’accord de Pretoria. À ce stade, la question centrale est de savoir si ces appels peuvent encore contenir des combats qui se multiplient avant qu’ils ne redeviennent une guerre civile à grande échelle.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 4 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. France 24 — Mondefrance24.com
  3. SWI swissinfo.chswissinfo.ch
  4. The Guardian — Worldtheguardian.com