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La grâce d’un Français éclaire les leviers entre Bakou et l’Union européenne

Bakou a gracié un Français quelques heures après la levée de sanctions européennes contre deux oligarques. La proximité des décisions nourrit les interrogations, sans établir de lien officiel.

L’essentiel

  • L’Azerbaïdjan a gracié un Français condamné pour espionnage, tandis qu’un autre Français reste détenu.
  • La grâce a suivi de quelques heures le retrait européen d’Alicher Ousmanov et de Mikhaïl Fridman de la liste des sanctions.
  • Paris nie un lien officiel entre les deux décisions, mais évoque des impératifs de sécurité nationale dans le dossier Ousmanov.
  • L’épisode montre comment les décisions nationales peuvent affecter à la fois la cohérence des sanctions européennes et les négociations pour des détenus.

L’Azerbaïdjan a ordonné la libération d’un ressortissant français condamné pour espionnage, dans le cadre d’une grâce présidentielle accordée à vingt détenus. La décision d’Ilham Aliyev est intervenue quelques heures après que l’Union européenne a retiré deux hommes d’affaires russes, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, de sa liste de sanctions.

La séquence ne démontre pas, à elle seule, un échange entre les deux dossiers. Paris refuse officiellement de les relier. La diplomatie française présente la grâce comme un geste humanitaire obtenu au terme d’un dialogue long avec Bakou. Mais la France a aussi reconnu que des considérations de sécurité nationale l’avaient conduite à soutenir, à Bruxelles, la levée des restrictions visant Alicher Ousmanov.

Une coïncidence politiquement lourde

Le ressortissant français, détenu depuis décembre 2023, avait écopé en mars de dix ans de prison. Il a toujours contesté les accusations d’espionnage. Les autorités françaises les avaient elles aussi rejetées. Un second Français demeure emprisonné en Azerbaïdjan, poursuivi pour avoir, selon l’accusation, accepté un pot-de-vin russe.

Ce point limite la portée de la grâce. Elle constitue une avancée consulaire concrète pour la personne libérée et ses proches, mais elle ne vaut ni règlement global du contentieux entre Paris et Bakou ni garantie pour les autres détenus. Elle souligne plutôt le pouvoir discrétionnaire de la présidence azerbaïdjanaise : la liberté d’un détenu peut dépendre d’une décision politique, prise par décret.

Les relations franco-azerbaïdjanaises se sont fortement détériorées après la reprise du contrôle du Karabakh par Bakou en 2023. La France était proche de l’Arménie, tandis que l’Azerbaïdjan contestait cette position. Emmanuel Macron et Ilham Aliyev ont toutefois évoqué en mai la possibilité de développer à nouveau les relations bilatérales.

Les sanctions, un levier européen soumis aux capitales

Le retrait d’Alicher Ousmanov et de Mikhaïl Fridman intervient dans un cadre européen où les sanctions liées à l’invasion russe de l’Ukraine requéraient jusqu’ici un renouvellement tous les six mois. Les mesures concernant plus de 3 000 personnes et entités ont, elles, été prolongées pour trois ans.

Alicher Ousmanov figurait sur la liste européenne depuis 2022 en raison de ses liens allégués avec Vladimir Poutine et de son soutien présumé aux responsables russes de l’annexion de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine. L’intéressé conteste cette présentation. La Slovaquie aurait d’abord défendu son retrait, avant que la France ne soutienne la démarche. La Lettonie s’y est opposée avant de s’abstenir et a annoncé des mesures nationales.

Cette affaire met en lumière une vulnérabilité politique des sanctions européennes : elles reposent sur une décision collective, mais les priorités de sécurité ou les négociations de chaque capitale peuvent peser sur leur issue. Pour Bakou, la détention d’étrangers peut ainsi devenir un instrument de dialogue avec des États européens. Pour Paris, la protection de ses ressortissants peut entrer en tension avec l’objectif européen de maintenir une pression cohérente sur les proches du pouvoir russe.

L’Ukraine a vivement condamné la levée des sanctions, y voyant un signal de division. Le point décisif reste donc celui que ni Paris ni Bakou n’ont établi publiquement : si la libération du Français relève d’une négociation plus large, quelles contreparties ont été envisagées, et quel cadre démocratique permet d’en rendre compte ?

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. RFIrfi.fr