Les sanctions contre Moscou butent sur les divisions des Vingt-Sept
L’UE n’a pas finalisé le renouvellement de ses sanctions contre la Russie, bloquée par le sort de deux hommes d’affaires. Le vote à l’unanimité expose la politique européenne aux négociations nationales.
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L’essentiel
- Les Vingt-Sept n’ont pas validé le renouvellement des sanctions contre la Russie avant l’échéance fixée mardi soir.
- La France et le Luxembourg demandent le retrait de deux hommes d’affaires russes de la liste européenne, une option contestée par plusieurs États et par l’Ukraine.
- L’unanimité requise permet à chaque État membre de peser sur le renouvellement de l’ensemble du régime.
- L’UE envisage de porter la durée de renouvellement de six à 36 mois pour réduire ces blocages récurrents.
Les États membres de l’Union européenne n’étaient toujours pas parvenus, lundi soir, à renouveler leur régime de sanctions contre la Russie. Le point de blocage ne porte pas sur le principe du dispositif, mais sur le maintien de deux noms dans la liste : Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman.
Les mesures visent près de 3 000 personnes et entités accusées de soutenir l’effort de guerre russe en Ukraine. Elles prévoient le gel des avoirs dans l’Union et une interdiction d’entrée sur le territoire des Vingt-Sept. Leur reconduction requiert l’unanimité, ce qui donne à chaque capitale un levier sur l’ensemble du dispositif.
La France demande le retrait d’Alicher Ousmanov, en invoquant une question de sécurité nationale et des démarches de partenaires internationaux. Selon le Financial Times, cité par France 24, cette demande s’inscrirait dans un accord concernant la libération de détenus comprenant plusieurs ressortissants français en Azerbaïdjan. Le Luxembourg réclame pour sa part le retrait de Mikhaïl Fridman si celui d’Ousmanov est acté.
Une négociation à haut risque
Un accord de principe envisagé dans l’après-midi n’a pas été confirmé. La Lettonie s’y est opposée, selon une source diplomatique citée par France 24. Plusieurs États membres et l’Ukraine redoutent qu’une exception négociée au cas par cas ne fragilise le régime entier et ne soit interprétée à Moscou comme un relâchement de la pression.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andriï Sybiga, a qualifié cette possible radiation d’inacceptable. Volodymyr Zelensky avait déjà estimé qu’il ne fallait pas alléger les sanctions à ce stade.
Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne, défend le maintien du dispositif. Elle considère les sanctions comme un instrument central de la réponse européenne à la guerre menée par la Russie et indique que l’Union prépare également un nouveau paquet de mesures. Sa position souligne le dilemme : l’UE veut accroître la pression tout en négociant, au même moment, le sort individuel de personnes déjà inscrites sur ses listes.
Le délai comme facteur de faiblesse
Le régime doit aujourd’hui être reconduit tous les six mois. La date limite avait déjà été repoussée une fois et expirait mardi soir à 22 heures GMT. Sans accord, l’ensemble des sanctions concernées serait levé.
Cette échéance transforme une décision régulière en négociation sous contrainte. Elle permet à un État membre de conditionner le renouvellement global à une demande particulière, qu’elle relève d’intérêts diplomatiques, sécuritaires ou juridiques. La difficulté n’est donc pas seulement de désigner les personnes visées, mais de maintenir une ligne commune lorsque les priorités nationales divergent.
Les Vingt-Sept envisagent d’allonger la durée de renouvellement à 36 mois, au lieu de six. Cette modification réduirait le risque d’une expiration automatique à chaque semestre. Elle reste toutefois elle aussi soumise à l’accord final des États membres.
La crédibilité de la politique européenne envers Moscou dépend désormais autant du contenu des sanctions que de sa capacité à les appliquer sans que chaque échéance ne devienne une épreuve de force interne. Les discussions devaient reprendre mardi matin à Bruxelles. Leur issue déterminera à la fois le sort des deux hommes d’affaires concernés et la continuité de mesures visant plusieurs milliers de personnes et d’entités.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



