L’attaque en Irak fragilise la route pétrolière saoudienne de la mer Rouge
La fermeture préventive de l’oléoduc Est-Ouest prive Riyad d’un contournement du détroit d’Ormuz. Elle survient alors que la voie maritime de Bab el-Mandeb est elle aussi sous pression.
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L’essentiel
- L’oléoduc Est-Ouest, reliant Abqaiq à Yanbu, a été fermé préventivement après une attaque de drones provenant d’Irak.
- Cette infrastructure permettait à l’Arabie saoudite d’exporter du brut sans emprunter le détroit d’Ormuz, fermé par l’Iran.
- La mer Rouge n’offre pas une alternative entièrement sûre, les Houthis menaçant spécifiquement les navires saoudiens à Bab el-Mandeb.
- Bagdad a reconnu l’origine irakienne de l’attaque et limogé un commandant local, tandis que Riyad renonce pour l’heure à riposter.
L’Arabie saoudite a interrompu temporairement le fonctionnement de son oléoduc Est-Ouest après une attaque de plusieurs drones venus d’Irak. Riyad a fait état de blessés et de dégâts, dont l’évaluation et les réparations étaient en cours.
La décision est présentée comme préventive. Mais elle touche une infrastructure devenue particulièrement importante depuis le début de la guerre au Moyen-Orient : le détroit d’Ormuz étant fermé par l’Iran, le royaume avait accru l’usage de cette liaison terrestre pour maintenir ses exportations de pétrole brut.
Un itinéraire conçu pour contourner Ormuz
L’oléoduc relie Abqaiq, près du golfe, au port de Yanbu, sur la côte saoudienne de la mer Rouge. Il permet donc d’acheminer le brut vers l’ouest de la péninsule Arabique sans passer par le détroit d’Ormuz.
Selon France 24, sa capacité atteint 7 millions de barils par jour. La BBC, citant Reuters ainsi que des sociétés de suivi maritime et des analystes, indique que le pipeline transportait entre 4 % et 5 % de l’offre mondiale de pétrole. Ces deux données ne décrivent pas nécessairement la même chose : la première est une capacité annoncée, la seconde correspond aux volumes effectivement acheminés selon les sources citées.
La suspension réduit ainsi les options disponibles pour exporter le pétrole saoudien. Elle ne signifie pas, à elle seule, que l’ensemble des exportations du royaume est arrêté. Les sources ne précisent ni la durée attendue de la fermeture ni les volumes qui pourront être réorientés par d’autres moyens.
Des images satellites analysées par Copernicus Sentinel Data montraient jeudi de la fumée noire près de Médine, le long du tracé général du pipeline. Le ministère saoudien des Affaires étrangères a indiqué que les frappes avaient visé des secteurs des régions de Riyad et de Médine.
Deux passages sous tension
Le problème pour Riyad est que son itinéraire de remplacement débouche sur une autre zone maritime devenue instable. Les rebelles houthis au Yémen ont renforcé leur contrôle de la côte yéménite de la mer Rouge et de positions dans le détroit de Bab el-Mandeb, passage entre l’Asie, la mer Rouge et le canal de Suez.
Les Houthis affirment que la navigation y demeure sûre pour toutes les compagnies, sauf pour les navires saoudiens. Ils avaient annoncé en juillet un blocus maritime contre l’Arabie saoudite et mené des attaques contre ses pétroliers en mer Rouge, selon The Guardian.
Le royaume se retrouve donc face à une vulnérabilité double : Ormuz n’est plus utilisable, tandis que la sortie occidentale offerte par l’oléoduc Est-Ouest dépend de la sécurité de la mer Rouge. C’est cette réduction simultanée des itinéraires possibles, davantage que le seul dommage matériel, qui accroît le risque pour la sécurité énergétique régionale.
Le pétrole a déjà réagi à cette accumulation de menaces : les trois sources rapportent un cours supérieur à 100 dollars le baril cette semaine.
L’Irak sous pression pour empêcher une escalade
Les services du Premier ministre irakien, Ali al-Zaïdi, ont confirmé que l’attaque provenait du territoire irakien, dans la province de Missan, frontalière de l’Iran. Le commandant chargé de cette province a été limogé et une enquête a été annoncée.
Bagdad a condamné l’attaque. Riyad a de son côté choisi de ne pas répondre militairement à ce stade, à la demande du Premier ministre irakien, tout en affirmant conserver le droit de prendre les mesures nécessaires pour protéger ses installations et sa souveraineté.
Cette retenue évite pour l’heure une confrontation directe entre les deux États. Elle ne résout pas la question centrale : la capacité du gouvernement irakien à empêcher que son territoire serve de base à de nouvelles attaques contre les infrastructures de ses voisins. Une répétition des frappes ferait peser un risque de contagion du conflit sur les États du Golfe et sur les voies d’exportation dont dépend le marché pétrolier mondial.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 3 rédactions indépendantes.


