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Monde

En Turquie, une opération policière cible militants et lieux LGBT+

Des arrestations, perquisitions et blocages en ligne ont visé des militants, associations et établissements LGBT+ dans plusieurs provinces turques. Les autorités invoquent la protection de la famille et des enfants.

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L’essentiel

  • Une opération menée dans au moins 12 provinces a visé des militants, associations, bars et boîtes de nuit LGBT+.
  • Les autorités font état de procédures contre 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises, au nom de la protection de la famille et des enfants.
  • Les bilans d’interpellations et le nombre de provinces touchées diffèrent selon les sources, mais Kaos GL affirme qu’une cinquantaine de défenseurs sont concernés.
  • Les poursuites et blocages en ligne font craindre un nouveau recul de la liberté d’association pour les organisations LGBT+.

La police turque a mené, dimanche, une opération contre des associations, des militants et des établissements fréquentés par la communauté LGBT+. Des bars gays et une boîte de nuit ont notamment été visés à Istanbul, tandis que des domiciles de défenseurs des droits LGBT+ ont été perquisitionnés.

L’opération, baptisée « Ma famille est en sécurité » par les autorités, a également comporté des blocages de sites internet et de comptes sur les réseaux sociaux liés à des organisations LGBT+. Elle s’inscrit, selon le ministre de la Justice Akin Gürlek, dans la « Décennie de la famille » proclamée cette année par le président Recep Tayyip Erdogan.

Des chiffres qui varient selon les sources

L’ampleur exacte de la campagne reste difficile à établir. RFI fait état de descentes dans 15 provinces, alors que la BBC en compte 12. Les deux médias concordent cependant sur le caractère national de l’opération, qui a notamment touché Istanbul, Ankara et Izmir.

Le parquet d’Istanbul a annoncé 26 interpellations dans le cadre de raids ayant aussi conduit à la saisie de stupéfiants, de matériel numérique, d’alcool de contrebande et d’une arme à feu. Le parquet d’Ankara a, de son côté, indiqué que 21 personnes avaient été arrêtées dans une enquête visant l’association Kaos GL. Ces deux bilans aboutissent à 47 personnes détenues.

Kaos GL avance un décompte plus large : près de 50 défenseurs des droits LGBT+ auraient été placés en garde à vue ou concernés par des procédures impliquant des interrogatoires ou des gardes à vue. L’association affirme que plus de dix de ses membres ont été arrêtés après des perquisitions à leur domicile.

Associations et entreprises également visées

Akin Gürlek a déclaré que des procédures avaient été engagées contre 162 personnes, neuf associations et 13 entreprises, dont des bars et des boîtes de nuit gays. La BBC évoque pour sa part plus de 160 personnes ainsi que plusieurs organisations et sociétés. Le ministre n’a pas détaillé le nombre total de placements en garde à vue.

Les griefs évoqués comprennent la production de contenus jugés « obscènes », leur accessibilité à des enfants, ainsi que l’aide présumée à la prostitution. Kaos GL est elle-même poursuivie pour « obscénité ». Selon l’organisation, les autorités reprochent à certains contenus publiés en ligne d’être accessibles à des mineurs et cherchent à faire fermer son compte sur X ainsi qu’une quinzaine d’autres comptes d’organisations LGBT+.

L’homosexualité n’est pas une infraction pénale en Turquie et le mariage entre personnes de même sexe n’y est pas reconnu. Mais l’opération illustre la pression accrue exercée sur les organisations et lieux LGBT+, dans un contexte de discours officiel hostile. Recep Tayyip Erdogan a publiquement qualifié les personnes LGBT+ de « pervers » et les a accusées d’être liées au recul de la natalité.

Pour les associations de défense des droits humains, la campagne dépasse donc la répression d’infractions particulières : elle menace leur activité publique, leur présence en ligne et leur capacité à organiser une vie associative. Les autorités, elles, présentent l’opération comme une mesure de protection des enfants, de la famille et de l’ordre social. Les suites judiciaires et le détail des accusations devront préciser jusqu’où cette campagne affectera les personnes interpellées et les structures visées.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Europebbc.co.uk
  2. RFIrfi.fr