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En RDC, le dialogue national bute déjà sur son indépendance

Le président Félix Tshisekedi a créé un comité préparatoire au dialogue national. Mais le contrôle présidentiel du dispositif et le rejet de l’opposition posent d’emblée la question de sa crédibilité.

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Homme s’exprimant lors d’une réunion officielle
Homme s’exprimant lors d’une réunion officielle. Photographie d’archive. Image : The Kremlin, Moscow (CC BY 4.0)

L’essentiel

  • Félix Tshisekedi a créé un comité chargé de préparer un dialogue national, sans convoquer encore cette rencontre.
  • Le président conservera le pouvoir de nommer les responsables et les membres du comité, ainsi que les experts de son secrétariat.
  • L’opposition conteste ce cadre, qu’elle juge incompatible avec un dialogue véritablement inclusif.
  • Ni la composition, ni les thèmes, ni le calendrier du processus ne sont précisés à ce stade.

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a signé le 13 septembre une ordonnance créant un Comité d’organisation du dialogue national. Le texte ne convoque pas encore le dialogue : il lance la phase institutionnelle chargée d’en définir les bases.

Cette structure devra identifier les besoins financiers, techniques, logistiques et sécuritaires de la future rencontre. Elle proposera ensuite au chef de l’État les options nécessaires à la mise en place d’une commission préparatoire. L’ordonnance constitue donc une première étape, après plusieurs mois de demandes de l’opposition en faveur d’un dialogue national.

Un comité sous contrôle de la présidence

Le principal obstacle tient à l’architecture choisie. Félix Tshisekedi ne présidera pas les réunions, mais il conservera la main sur l’instance : il désignera le coordonnateur, son adjoint et les membres du comité, avec la possibilité de les relever de leurs fonctions. Il nommera aussi les onze experts du secrétariat technique.

Le comité recevra ses orientations du directeur de cabinet du président. Il devra lui transmettre des notes d’étape, des briefings ou des rapports. Le chef de l’État fixera également les modalités de communication publique.

Or, l’ordonnance ne détaille ni la composition du comité, ni les critères de participation, ni le calendrier, ni les thèmes appelés à être discutés. Ces inconnues sont décisives : sans règles connues sur la représentation des forces politiques et sur la préparation des travaux, le lancement d’un dialogue ne garantit pas qu’il réunira les acteurs capables de lui donner une portée nationale.

L’opposition rejette le cadre proposé

Les premières réactions montrent que le dispositif ne bénéficie pas, à ce stade, de l’adhésion de l’opposition. Le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, l’ancien parti présidentiel de Joseph Kabila, voit dans l’ordonnance le signe que le président ne chercherait pas un dialogue de paix. Son secrétaire permanent adjoint, Ferdinand Kambere, qualifie la décision de « non évènement ».

Ensemble pour la République, le parti de Moïse Katumbi au sein de la coalition C64, juge le texte insuffisant. Son secrétaire général, Dieudonné Bolengetenge, estime que la mobilisation annoncée le 15 septembre contre tout changement de Constitution reste d’actualité.

La coalition Lamuka de Martin Fayulu partage ce refus. Son porte-parole, Prince Epenge, réclame un dialogue inclusif susceptible de mettre fin à la guerre et de permettre des élections en 2028. Il conteste un processus dont le pouvoir fixerait lui-même le cadre alors qu’il en est une partie prenante.

La Commission congolaise des droits de l’homme adopte une position plus réservée. Son président, Paul Nsapu, dit vouloir observer le processus et dénoncer d’éventuels abus. Il appelle à des négociations sans violence ni incitation à la violence.

Pour l’heure, l’initiative présidentielle établit un outil de préparation, non un accord politique sur les conditions du dialogue. Sa capacité à répondre à la crise dépendra d’éléments encore absents du texte : la composition du comité, son autonomie réelle, son calendrier et la participation des oppositions qui contestent déjà son cadre.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. France 24 — Mondefrance24.com
  2. RFIrfi.fr