En Israël, un projet de déchéance de nationalité après le film « Naza »
Benjamin Netanyahu veut viser les personnes accusées de diffamer les soldats israéliens. Le projet, encore imprécis, survient après un documentaire controversé sur la guerre à Gaza.
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L’essentiel
- Benjamin Netanyahu annonce un projet visant à retirer la nationalité à des personnes accusées de diffamer les soldats israéliens.
- Les modalités, les personnes visées et les voies de recours ne sont pas connues, car aucun texte détaillé n’est présenté dans les sources.
- La polémique suit la récompense à Venise de « Naza », un documentaire dont les accusations reposent sur des témoignages anonymes contestés par l’armée.
- À l’approche des législatives, le film devient un révélateur des divisions israéliennes sur la guerre à Gaza et sur la place de la critique publique.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir présenter un texte permettant de retirer leur nationalité à des personnes qui « diffament les soldats » israéliens. Cette annonce intervient après la distinction, à la Mostra de Venise, du documentaire *Naza*, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor.
Le film s’appuie sur les témoignages anonymes de 24 soldats et membres des services de renseignement israéliens. Ils y affirment que des civils ont été intentionnellement tués lors de frappes menées contre le Hamas à Gaza. L’armée israélienne conteste fermement ces accusations. Elle assure chercher à éviter les pertes civiles et souligne qu’elle ne peut pas vérifier la participation des témoins anonymes aux opérations décrites.
Le titre du documentaire reprend un acronyme militaire désignant, selon le film, l’estimation des « dommages collatéraux » avant une frappe.
Un projet dont les contours restent inconnus
L’annonce de Benjamin Netanyahu ne décrit ni la définition légale de la « diffamation » visée, ni la procédure envisagée, ni les recours ouverts aux personnes concernées. Rien ne permet donc, à ce stade, de déterminer quelles critiques de l’armée pourraient tomber sous le coup du texte, ni si les réalisateurs seraient directement visés par son application.
RFI fait état de deux projets : le premier sur le retrait de nationalité, le second visant à multiplier par vingt le plafond des dommages et intérêts réclamables. France 24 ne mentionne explicitement que le projet relatif à la citoyenneté. Dans les deux cas, il s’agit d’une annonce politique et non d’une loi adoptée ou entrée en vigueur.
La compatibilité d’un tel dispositif avec les libertés fondamentales ne peut pas être tranchée sur les seuls éléments disponibles. Elle dépendrait notamment de la portée donnée à l’accusation de diffamation, des garanties procédurales et de la possibilité effective de contester une décision. Mais l’objet même du texte annoncé place au centre du débat la limite entre la protection de la réputation des militaires et la possibilité de critiquer publiquement la conduite de la guerre.
Une campagne électorale sous tension
La controverse survient à un mois des élections législatives du 27 octobre, alors que la guerre déclenchée après les attaques du 7-Octobre 2023 domine la campagne. Les responsables politiques israéliens ont largement condamné *Naza*. Gadi Eisenkot, rival de Benjamin Netanyahu, a dénoncé une atteinte à l’État dans une période difficile. Yair Golan, chef des Démocrates, a également condamné le film tout en accusant le Premier ministre d’exploiter la polémique pour détourner l’attention des critiques sur sa gestion du 7-Octobre.
La pression ne reste pas confinée au débat parlementaire. Des militants de droite ont manifesté devant le domicile des parents de Rachel Szor. Le ministre de la Culture Miki Zohar a demandé une enquête des services de sécurité intérieure sur l’origine des informations utilisées dans le documentaire.
À l’inverse, le mouvement israélo-palestinien Standing Together a salué un film qui, selon lui, révèle un aspect supplémentaire de la guerre à Gaza. Une pétition de soutien aux réalisateurs a aussi été signée par des centaines d’artistes, dont le cinéaste Shlomi Elkabetz.
L’affaire montre ainsi un débat public où la critique de l’action militaire, déjà fortement contestée, devient aussi un thème de campagne. La prochaine étape concrète sera le dépôt éventuel des textes annoncés et la précision de leur champ d’application.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



