En Argentine, la colère sociale teste l’austérité de Milei
Des marches contre la politique de Javier Milei ont réuni des milliers de personnes à Buenos Aires et dans de nombreuses villes. Elles expriment le coût social des coupes, sans encore constituer un front syndical unifié.
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L’essentiel
- Des milliers de manifestants ont défilé à Buenos Aires, avec des rassemblements signalés dans de nombreuses autres villes argentines.
- La baisse de l’inflation revendiquée par le gouvernement coexiste avec une hausse du chômage, du travail informel et des difficultés de pouvoir d’achat.
- Les organisateurs réclament une grève générale, mais les principales centrales syndicales n’ont pas annoncé de nouvel appel national.
Des milliers de personnes ont défilé samedi 19 septembre à Buenos Aires contre la politique économique de Javier Milei. La mobilisation, baptisée « marche de la colère », est aussi sortie de la capitale : les deux sources divergent toutefois sur son étendue, RFI évoquant une trentaine de villes et Euronews plus de 60 villes supplémentaires.
Le rassemblement principal a relié le Congrès à la Casa Rosada, siège de l’exécutif. Il associait partis de gauche, syndicats, organisations sociales, mouvements étudiants, collectifs de défense des droits humains et retraités. Euronews indique que plus de 350 organisations politiques et sociales avaient rejoint l’appel. Des travailleurs de l’usine de pneus FATE, engagés dans un conflit contre la fermeture du site et les licenciements, ont également pris la parole.
Une amélioration des prix, mais un coût social dénoncé
Le gouvernement revendique une stabilisation de l’économie après son arrivée au pouvoir en décembre 2023. Selon les données citées par RFI, l’inflation annuelle est passée de 161 % au début du mandat de Javier Milei à 33,5 % en août 2026. Cette baisse est le résultat revendiqué d’une austérité sévère, avec des réductions de dépenses publiques, la fermeture d’organismes d’État et des licenciements.
La contestation porte sur les effets de cette stratégie dans la vie courante. Le chômage a atteint 7,9 %, son plus haut niveau depuis 2021, selon des chiffres de l’institut national de statistiques Indec rapportés par RFI. Le travail informel concerne 45 % de la population active. Les manifestants dénoncent aussi l’endettement des ménages, la perte de pouvoir d’achat et la hausse des dépenses contraintes, notamment les loyers et les factures d’énergie.
Euronews rapporte par ailleurs la fermeture de plus de 30 000 entreprises, sans préciser sur quelle période ce décompte porte. La mobilisation met donc face à face deux réalités : des indicateurs d’inflation nettement améliorés et une dégradation ressentie de l’emploi, des revenus et des services publics.
Un mouvement large, mais une capacité de pression encore incertaine
Les revendications dépassaient le terrain strictement économique. Les organisateurs ont dénoncé le sous-financement des universités, de la santé publique et de la culture. Des militants écologistes et des défenseurs du droit à l’avortement étaient également présents. Cette diversité élargit le rassemblement, mais elle réunit des demandes qui ne se traduisent pas nécessairement par une stratégie politique commune.
Myriam Bregman, députée du Front de gauche et organisatrice de la marche, a demandé aux principales centrales syndicales, la CGT et la CTA, de lancer une grève générale. Le texte commun lu lors du rassemblement leur reprochait leur absence de réaction. Une mobilisation contre la réforme du travail avait déjà eu lieu en février, mais les sources ne font état d’aucun appel immédiat des centrales à un nouveau mouvement national.
La journée constitue donc une démonstration de mécontentement à l’échelle du pays, davantage qu’un revers institutionnel pour le gouvernement. Sa capacité à infléchir la politique de Javier Milei dépendra notamment d’une éventuelle entrée en action des grandes organisations syndicales et de leur aptitude à fédérer les revendications sociales, salariales et sectorielles. Le président a déjà annoncé son intention de briguer un second mandat à l’issue de celui qui s’achèvera en 2027.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

