L’Australie restreint les visas temporaires sans couper les secteurs sous tension
Canberra cible étudiants étrangers et vacanciers-travailleurs pour réduire les arrivées. Le gouvernement promet d’épargner les métiers indispensables, mais les agriculteurs redoutent déjà un manque de bras.
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L’essentiel
- L’Australie conserve un objectif de migration nette de 225 000 personnes en 2027-2028, après 292 100 sur les douze mois achevés en mars 2026.
- Les étudiants étrangers seront davantage limités dans le regroupement familial et dans les prolongations de séjour par de nouveaux cursus.
- Les plafonds sur les deuxième et troisième années de visa vacances-travail inquiètent les agriculteurs, qui redoutent des pénuries de personnel.
- Le gouvernement répond vouloir protéger la santé, le bâtiment et les récoltes par un ciblage des visas et un traitement plus rapide de certaines demandes.
Le gouvernement australien veut réduire l’immigration nette sans imposer une baisse uniforme des entrées qui fragiliserait les secteurs déjà en manque de personnel. Les mesures annoncées jeudi par le ministre de l’Intérieur Tony Burke visent surtout certains visas temporaires : ceux des étudiants étrangers, des personnes qui prolongent leur séjour par de nouvelles études et des titulaires de visas vacances-travail.
L’exécutif maintient un objectif de migration nette d’outre-mer de 225 000 personnes en 2027-2028. Cet indicateur correspond au solde des arrivées et des départs internationaux. Il atteignait 292 100 personnes sur les douze mois achevés en mars 2026. La population du pays a alors progressé de 1,4 %, à 27,9 millions d’habitants.
Cette politique répond à une pression politique nourrie par le coût de la vie, le logement et la charge pesant sur les services publics. Tony Burke rejette toutefois les propositions de baisses beaucoup plus drastiques. Selon lui, elles priveraient notamment les hôpitaux, les services aux personnes âgées et le bâtiment de travailleurs nécessaires.
Limiter les séjours prolongés par les études
Les étudiants étrangers ne pourront plus faire venir automatiquement des membres de leur famille. Des exceptions sont annoncées pour les étudiants déjà présents dans le pays, les candidats originaires du Pacifique et d’Asie du Sud-Est, ainsi que les doctorants.
Le gouvernement entend également s’attaquer aux personnes qui enchaînent les formations pour prolonger leur droit au séjour. Après un cursus, un étudiant devra viser une qualification plus élevée pour obtenir une prolongation. Le passage d’une licence à un master reste donc possible. L’objectif est d’éviter que des formations de niveau inférieur, parfois proposées par des établissements jugés peu crédibles, servent à maintenir des visas.
Ce choix évite de toucher directement les voies de recrutement qualifié. Tony Burke a souligné que de nombreux médecins, ouvriers du bâtiment, infirmiers et salariés des soins aux personnes âgées viennent avec leur famille. Restreindre ce droit pour tous les travailleurs étrangers pourrait, selon lui, décourager des candidats dans ces professions.
Les récoltes au cœur du désaccord
Le point le plus sensible concerne les visas vacances-travail, prisés par les routards et importants pour les employeurs agricoles des régions. Ces visas permettent aux 18-30 ans de travailler un an en Australie. Une activité régionale de trois mois ouvre aujourd’hui l’accès à une deuxième année, puis six mois supplémentaires permettent de demander une troisième année.
Désormais, les personnes éligibles devront passer par un tirage au sort. La deuxième année sera plafonnée à 45 000 places, contre 57 000 personnes qui y avaient été admises l’an dernier. La troisième année ne comptera plus que 5 000 places, contre 31 000 auparavant. Les ressortissants britanniques ne sont pas concernés, en raison de l’accord de libre-échange entre Londres et Canberra.
La Fédération nationale des agriculteurs estime que ces restrictions risquent de laisser des récoltes inachevées et de pousser les prix alimentaires à la hausse. Son directeur général, Mike Guerin, avertit que les producteurs peinent déjà à recruter avant la saison de récolte.
Le ministre conteste ce diagnostic. Il met en avant l’accélération du traitement des demandes de visas vacances-travail pour les candidats soumis à une obligation de travail régional. Il estime aussi que l’agriculture peut recourir au programme de mobilité de main-d’œuvre entre l’Australie et le Pacifique. Il rappelle enfin aux producteurs leur obligation de rémunérer correctement leurs salariés.
Les réactions patronales sont partagées. Plusieurs organisations saluent une volonté de mieux cibler l’immigration plutôt que de fixer un chiffre abstrait. Elles demandent néanmoins que les besoins concrets des entreprises restent le critère central. Près d’une profession sur trois manquerait aujourd’hui de travailleurs, selon le Business Council of Australia.
Le dispositif prévoit aussi environ 100 agents supplémentaires chargés du respect des règles de visa et 250 places additionnelles en rétention administrative. Le gouvernement présente ces instruments comme un moyen de reprendre le contrôle des séjours temporaires. Les sources ne précisent pas la date d’entrée en vigueur des différentes restrictions, ni si l’accélération annoncée des dossiers suffira à compenser les plafonds pour les exploitations agricoles.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



