Au Tigré, les coupures de réseau masquent l’ampleur des nouveaux combats
Les affrontements gagnent le nord de l’Éthiopie, tandis que les télécommunications sont coupées au Tigré. Cette panne limite les informations vérifiables et complique l’accès aux paiements et à l’aide.
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L’essentiel
- Les combats impliquent les forces fédérales et des groupes armés dans le Tigré, l’Afar et l’Amhara.
- La coupure des réseaux d’Ethio Telecom réduit fortement les informations vérifiables depuis le Tigré.
- Les perturbations menacent aussi les paiements mobiles dans une région où l’accès aux espèces est déjà limité.
- Le bilan de 272 rebelles tués est avancé par l’armée fédérale et n’est pas vérifié de manière indépendante.
Les combats qui ont repris cette semaine dans le nord de l’Éthiopie opposent les forces fédérales à des forces tigréennes et à leurs alliés. Ils ne se limitent pas au Tigré : des affrontements sont aussi signalés dans les régions voisines de l’Afar et de l’Amhara. Mais l’état des télécommunications rend difficile toute évaluation indépendante de leur ampleur et de leur bilan.
Au Tigré, les services de l’opérateur public Ethio Telecom ont été totalement interrompus, selon la BBC. Le réseau de l’opérateur privé Safaricom reste, lui, disponible. L’organisme de surveillance NetBlocks a relevé des données compatibles avec une coupure localisée du réseau internet dans le nord de la région.
La BBC indique ne pas pouvoir accéder au Tigré et souligne que les images vérifiables restent rares en dehors de Mekele. Les autorités éthiopiennes, sollicitées par le média britannique, n’avaient pas commenté. Des sources citées par Reuters attribuent la coupure au Front de libération du peuple du Tigré, connu sous le sigle TPLF. L’une d’elles avance qu’elle viserait à gêner l’emploi de drones par le gouvernement. Le TPLF n’a pas réagi à cette affirmation.
Des indications partielles sur plusieurs fronts
Le TPLF a annoncé dimanche une alliance avec six autres groupes armés afin de renverser le gouvernement. Mercredi, ses forces ont pris le contrôle de trois aéroports auparavant gardés par la police fédérale. Ethiopian Airlines a ensuite annulé ses vols vers le Tigré.
Près d’Abala, dans la zone montagneuse entre l’Afar et le Tigré, une source humanitaire citée par l’AFP a fait état de combats intenses pendant la nuit, avec des frappes de drones. Selon cette même source, les forces fédérales tentaient d’empêcher l’entrée de combattants rebelles dans la ville.
France 24 rapporte que les autorités rebelles tigréennes ont déclaré une guerre totale au gouvernement éthiopien. La chaîne relaie également le chiffre de 272 rebelles tués, avancé par l’armée fédérale. Ce bilan provient donc de l’une des parties au conflit et ne peut pas être vérifié de manière indépendante à ce stade.
Une population déjà vulnérable
La coupure ne touche pas seulement la circulation des informations. Un travailleur humanitaire américain présent à Mekele a expliqué à la BBC que la région connaissait depuis huit mois une pénurie de liquidités, qui rendait l’usage des distributeurs difficile. Une habitante de la ville a également évoqué l’absence presque totale d’argent liquide et une population limitant ses déplacements depuis le début des combats.
Une partie des achats et des transferts dépend des applications bancaires et de paiement mobile accessibles par les réseaux téléphoniques. La perte des communications peut donc perturber à la fois les échanges courants et l’acheminement d’informations sur les besoins humanitaires.
Lors de la guerre achevée en 2022, le Tigré avait été coupé du reste du pays. Les restrictions d’accès à l’argent, à la nourriture et aux médicaments avaient alors conduit des centaines de milliers de personnes vers des conditions proches de la famine. Les estimations citées par la BBC font état d’environ 600 000 morts durant ce conflit de deux ans.
La prochaine inconnue est militaire autant qu’humanitaire : les informations disponibles confirment des combats sur plusieurs axes, mais ne permettent pas encore d’établir si les belligérants disposent des moyens d’installer une nouvelle guerre de grande ampleur. La restauration ou non des communications sera un élément déterminant pour documenter la situation des civils comme l’évolution des fronts.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


