En Turquie, la répression LGBT+ s’appuie sur les lois sur l’obscénité
Les raids et placements en détention visent militants LGBT+, lieux de sortie et journalistes. Les autorités invoquent la protection de la famille, tandis que les charges restent peu détaillées.
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L’essentiel
- Les autorités turques invoquent les lois sur l’obscénité et la protection de la famille, alors que l’homosexualité reste légale dans le pays.
- Les raids ont visé associations, militants, établissements de nuit et personnes liées à la défense des droits LGBT+.
- Des journalistes et des protestataires ont aussi été interpellés, tandis que plusieurs comptes et sites ont été rendus inaccessibles.
- Les décomptes de détenus diffèrent selon les organisations, et les chefs précis retenus restent insuffisamment détaillés.
Les relations entre personnes de même sexe sont légales en Turquie. Pourtant, depuis dimanche, une opération policière de grande ampleur frappe des associations LGBT+, des groupes de défense des personnes vivant avec le VIH, des établissements de nuit et des domiciles de militants dans plusieurs villes.
Les autorités ont présenté l’opération, baptisée « Ma famille est en sécurité », comme une action contre la prostitution, les stupéfiants et la diffusion de contenus obscènes. Le ministre de la Justice, Akın Gürlek, affirme qu’elle répond à l’objectif de protéger les enfants, la famille et l’ordre social. Des procureurs d’Istanbul ont fait état de saisies de matériel numérique, de drogue et d’une arme à feu.
Des infractions dont le contour reste flou
Le fondement juridique ne repose donc pas sur une interdiction de l’homosexualité, qui n’existe pas dans le droit turc. D’après les informations rapportées par *The Guardian*, des procureurs d’Ankara accusent des organisations de défense des droits LGBT+ d’enfreindre les règles relatives à l’« obscénité » et celles encadrant les organisations non gouvernementales. Les chefs formels retenus contre les personnes visées ne sont toutefois pas clairement établis.
Ce recours à des qualifications larges s’inscrit dans une évolution récente. Un projet de modification du code pénal, retiré l’an dernier, envisageait de poursuivre les personnes promouvant des comportements jugés contraires au sexe biologique et à la morale générale. Les autorités semblent désormais mobiliser les textes existants sur l’obscénité.
Le mois dernier, onze responsables de l’organisation Genç LGBTI+ ont ainsi été jugés pour des faits liés aux « valeurs familiales » et à la publication d’images montrant des couples de même sexe s’embrassant. Ils risquent jusqu’à trois ans de prison, selon *The Guardian*.
Militants, médias et protestataires touchés
Les mandats de la police visaient 162 personnes, neuf organisations et 13 entreprises dans 15 provinces, selon France 24. L’association d’avocats AIH a compté 109 interpellations lors des raids. Kaos GL, l’une des principales organisations LGBT+ du pays, a indiqué que 81 personnes arrêtées dimanche avaient été placées en détention provisoire par des tribunaux de plusieurs villes mercredi soir. France 24 précise que ce total comprend 20 incarcérations ordonnées à Istanbul, 13 à Ankara et 28 à Mersin.
D’autres bilans circulent. Des groupes suivant les arrestations ont indiqué à *The Guardian* que 62 personnes étaient détenues dans l’attente de leur procès, tandis que plus de 100 avaient été arrêtées. Cette divergence illustre l’absence de décompte consolidé rendu public.
La répression a aussi gagné les journalistes et les rassemblements de protestation. À Istanbul, 106 personnes arrêtées mardi devant un tribunal ont finalement été libérées, selon l’Association des avocats progressistes. Deux journalistes, de BirGün et de la chaîne allemande ARD, figuraient parmi elles. La journaliste Tuğba Tekerek a par ailleurs été arrêtée à son domicile puis conduite à Ankara pour être entendue, après un article publié avec Kaos GL sur la communauté LGBT+ en Géorgie.
Des accès à des comptes de réseaux sociaux et à des sites d’associations, d’avocats, de défenseurs des droits humains et de médias ont également été bloqués. Cette extension aux personnes qui informent, défendent ou organisent des mobilisations dépasse les seuls lieux que les autorités associent à des infractions de droit commun.
La « famille » comme cadre politique
Le gouvernement relie son action à la « Décennie de la famille », annoncée pour 2026 par le président Recep Tayyip Erdoğan. Le ministre de la Justice a associé cette campagne à la baisse de la fécondité, au recul des mariages et à la hausse des divorces.
Les associations de défense des droits y voient plutôt une tentative de criminaliser le militantisme LGBT+. Emma Sinclair-Webb, de Human Rights Watch, décrit la plus vaste répression contre les personnes LGBT+ observée depuis plusieurs années. L’Union européenne et des partis d’opposition turcs ont également critiqué les arrestations.
La prochaine étape sera judiciaire : les autorités devront préciser les faits et les textes opposés à chaque personne détenue. À ce stade, l’opération révèle surtout qu’en Turquie la légalité des relations homosexuelles ne protège pas nécessairement les associations, les militants ni les médias qui défendent publiquement ces droits.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

