Aller au contenu
La Meridia

Les faits, le bon sens, et pas de leçons de morale.

Europe

En Écosse, les nitazènes aggravent une crise des drogues déjà profonde

Les décès liés aux drogues ont augmenté de 11 % en 2025 en Écosse. La diffusion de nitazènes renforce les risques, tandis que pauvreté, précarité et accès aux soins pèsent aussi sur la mortalité.

·

L’essentiel

  • L’Écosse a compté 1 133 décès liés aux drogues en 2025, soit 11 % de plus qu’en 2024.
  • Les nitazènes ont été détectés dans 247 décès, contre 76 l’année précédente.
  • La mortalité est quinze fois plus élevée dans les zones écossaises les plus défavorisées.
  • Un service de vérification des drogues doit ouvrir à Glasgow, en complément de l’élargissement des traitements et de la réhabilitation.

L’Écosse a enregistré 1 133 décès liés aux drogues en 2025, soit 116 de plus qu’en 2024 et une hausse annuelle de 11 %, selon les chiffres publiés par National Records of Scotland. Ce total est le sixième le plus élevé jamais relevé dans le pays.

Les opiacés et opioïdes, dont l’héroïne, restent au centre de cette mortalité : ils sont impliqués dans 78 % des décès. Mais l’évolution la plus préoccupante est la progression des nitazènes, des opioïdes de synthèse très puissants. Leur présence a été relevée dans 247 décès en 2025, contre 76 un an plus tôt, soit une hausse de plus de 200 %.

Une offre devenue plus imprévisible

Les nitazènes sont fabriqués dans des laboratoires clandestins, contrairement à des substances tirées de plantes. Ils peuvent être beaucoup plus puissants que les opiacés traditionnels. Ils sont aussi susceptibles d’être mélangés à d’autres produits. Les personnes qui consomment ces substances ne savent donc pas toujours ce qu’elles contiennent, ni à quelle dose.

Le gouvernement écossais décrit un marché devenu « toxique et imprévisible ». Pour Kirsten Horsburgh, directrice générale du Scottish Drugs Forum, cette instabilité explique une part de la hausse. Elle met toutefois en garde contre une explication limitée à l’arrivée des nouveaux opioïdes.

Les décès sont aussi liés, selon elle, à la pauvreté, aux traumatismes, à la précarité du logement et aux inégalités de santé mentale. Les données montrent un écart particulièrement net selon le niveau de vie : le nombre de morts liées aux drogues est quinze fois plus élevé dans les zones les plus défavorisées que dans les moins défavorisées. Les décès d’hommes ont progressé de 19 % et l’âge moyen au décès est de 46 ans.

Ces éléments ne permettent pas d’attribuer chaque mort à une seule substance ou à une seule cause. Ils indiquent plutôt que l’apparition des nitazènes se superpose à une crise sociale et sanitaire déjà installée. Malgré une baisse observée l’année précédente, la Scottish Drugs Forum avait alors averti que ce recul pouvait n’être qu’un répit, alors que les opioïdes de synthèse se répandaient sur le marché illicite.

Dépistage des produits et accès aux soins

La réponse annoncée repose à la fois sur la réduction des risques et sur les soins. Un service de vérification des drogues doit ouvrir au début du mois prochain dans la structure de consommation à moindre risque de Glasgow. Il doit permettre de faire analyser rapidement des produits apportés par les usagers et de leur fournir des informations de prévention adaptées. Des services comparables ont été approuvés à Aberdeen et Dundee, et un quatrième est attendu à Édimbourg.

L’intérêt d’un tel dispositif est de rendre visible un risque qui ne l’est pas au moment de l’achat ou de la consommation, notamment la présence d’un opioïde de synthèse dans un autre produit. Les sources fournies ne permettent pas encore de mesurer son effet sur le nombre de décès : il s’agit d’une ouverture annoncée, non d’un bilan.

La ministre écossaise chargée de la santé mentale et des drogues, Maree Todd, affirme que plus de 1 100 places de réhabilitation résidentielle ont été financées l’an dernier et que l’accès aux traitements a été élargi. Elle reconnaît néanmoins que ces mesures n’ont pas suffi à enrayer la hausse.

L’enjeu sera donc de vérifier si le dépistage des produits, les traitements et l’accompagnement atteignent les personnes exposées aux substances les plus dangereuses, particulièrement dans les territoires les plus pauvres. L’Écosse demeure, d’après le Guardian, le pays européen au taux de mortalité liée aux drogues le plus élevé.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Europebbc.co.uk
  2. The Guardian — Worldtheguardian.com