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Europe

À Madrid, l’expulsion d’une octogénaire révèle la crise locative

L’expulsion d’une locataire de 87 ans, après une forte hausse de loyer, met en lumière l’offre insuffisante de logements à Madrid et les limites de l’action publique.

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Campement de fortune derrière une clôture
Campement de fortune derrière une clôture. Photographie d’archive. Image : Elvert Barnes (CC BY-SA 2.0)

L’essentiel

  • Une locataire de 87 ans a été expulsée à Madrid après l’échec de trois tentatives précédentes et d’une mobilisation de plusieurs centaines de personnes.
  • Son loyer final de 1 650 euros dépassait sa pension mensuelle de 1 350 euros, après la contestation de la validité de son ancien bail.
  • L’affaire expose la difficulté de concilier les droits du propriétaire, le relogement des personnes vulnérables et l’insuffisance de l’offre locative.
  • Les loyers madrilènes ont augmenté de plus de 100 % en dix ans, selon Idealista cité par la BBC.

Une locataire de 87 ans a été expulsée mercredi de son appartement du quartier madrilène du Retiro, où sa famille vivait depuis les années 1950. La quatrième tentative d’exécution de l’ordre d’expulsion a cette fois abouti, malgré la mobilisation de plusieurs centaines de personnes et trois reports judiciaires antérieurs.

L’affaire est devenue un symbole de la crise locative espagnole, à la fois par la situation personnelle de cette retraitée et par le conflit entre les droits d’un propriétaire, les contrats anciens et les moyens limités des autorités pour reloger les ménages vulnérables.

Un loyer supérieur à la pension

Le père de la locataire avait signé le bail en 1956. À son décès, le logement est passé à son épouse puis, après la mort de celle-ci en 2008, à leur fille. Selon *The Guardian*, le propriétaire, Urbagestión SL, a obtenu devant la Cour suprême la reconnaissance de l’invalidité de cette sous-location, ce qui a mis fin à la validité du contrat.

La BBC rapporte pour sa part que la société, qui avait acquis l’immeuble en 2018, s’est appuyée sur une faille juridique pour relever le loyer. Les deux médias s’accordent sur le montant initial de 500 euros mensuels et sur un loyer finalement fixé à 1 650 euros. La BBC indique qu’une première hausse à 2 650 euros aurait ensuite été revue à la baisse.

La pension mensuelle de la locataire est de 1 350 euros. Même après réduction, le loyer dépassait donc son revenu de 300 euros par mois, sans compter les autres dépenses courantes. Selon *The Guardian*, elle s’était aussi vu proposer d’acheter l’appartement pour 247 000 euros, une option hors de portée pour une retraitée.

Police, justice et solutions de relogement

Des militants des syndicats de locataires de Madrid et Barcelone, des voisins et plusieurs personnalités se sont rassemblés devant l’immeuble. Des manifestants ont bloqué l’entrée et l’escalier. La police a dégagé les accès afin de permettre au comité judiciaire d’exécuter la décision. La BBC évoque des coups de matraque contre certains manifestants ; *The Guardian* fait état de gaz lacrymogène et de charges répétées.

La bataille ne portait plus seulement sur le maintien dans les lieux. En juin, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies avait demandé l’arrêt de l’expulsion et une solution de logement abordable. Le gouvernement local a affirmé que l’intéressée avait refusé une place en établissement pour personnes âgées. Son avocate a indiqué chercher au moins un lieu où entreposer ses effets personnels.

Le gouvernement central a affirmé que le propriétaire avait refusé plusieurs tentatives de négociation. Une offre de financement externe pour couvrir l’essentiel, voire la totalité selon les récits, de l’écart de loyer n’a pas empêché l’expulsion. Urbagestión SL a été sollicitée par les deux médias, sans réponse rapportée.

Le manque d’offre au cœur du problème

Le cas ne résume pas à lui seul le marché madrilène. Mais il illustre l’impasse à laquelle sont confrontés les locataires à faible revenu lorsque les loyers progressent plus vite que leurs ressources et qu’aucune solution de relogement adaptée n’est immédiatement disponible.

Selon les données du portail immobilier Idealista citées par la BBC, les loyers à Madrid ont augmenté de plus de 100 % en dix ans, dont 10 % sur la dernière année. La pénurie de logements disponibles est désignée comme une cause majeure de cette hausse. *The Guardian* indique que 4 000 expulsions ont déjà été exécutées en Espagne depuis le début de l’année.

Le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez accuse régulièrement les investisseurs d’alimenter la spéculation immobilière. Ses détracteurs lui reprochent surtout de ne pas construire assez de logements neufs et estiment que son discours peut dissuader des propriétaires de louer.

Cette opposition renvoie à un arbitrage concret : protéger les locataires exposés aux hausses de prix exige des mécanismes rapides de médiation, de relogement ou d’aide ciblée ; mais, sans une offre locative et des constructions supplémentaires, ces protections ne résolvent pas durablement l’écart entre les loyers demandés et les revenus disponibles.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. BBC News — Worldbbc.co.uk
  2. The Guardian — Europetheguardian.com