La Fed remonte ses taux malgré la pression de Donald Trump
La banque centrale américaine relève son taux directeur à 3,75 %-4 % pour contenir une inflation encore élevée. Le vote unanime affirme son indépendance face à la Maison Blanche.
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L’essentiel
- La Fed a relevé son taux directeur de 0,25 point, à une fourchette de 3,75 % à 4 %, lors d’un vote unanime.
- La mesure vise une inflation de 3,7 % sur un an en juillet, loin de l’objectif de 2 % de la banque centrale.
- Des taux plus élevés renchérissent le crédit et peuvent freiner consommation et investissement, sans agir directement sur le choc énergétique.
- La décision contredit les demandes de Donald Trump et met en évidence l’enjeu de l’indépendance de la Fed.
La Réserve fédérale américaine a relevé mercredi 16 septembre son taux directeur d’un quart de point, pour le fixer dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. La décision, prise à l’unanimité par le comité de politique monétaire, est la première hausse depuis juillet 2023.
La Fed cherche à ramener l’inflation vers sa cible de 2 %. Son indicateur privilégié, l’indice PCE, progressait encore de 3,7 % sur un an en juillet. Les prix de l’énergie ont depuis renforcé la pression, dans le contexte de la guerre impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran. Selon The Guardian, l’essence coûte en moyenne un dollar par gallon de plus qu’un an auparavant et le diesel a récemment atteint 6,31 dollars le gallon.
Freiner la demande sans arrêter l’économie
Le taux directeur sert de référence aux conditions de crédit dans l’économie. Quand il monte, emprunter devient généralement plus cher pour les ménages et les entreprises. Crédits immobiliers, financements automobiles, prêts étudiants et investissements peuvent ainsi être freinés. L’objectif est de modérer la demande afin d’éviter que la hausse des prix ne s’étende à davantage de secteurs.
Cet outil ne peut toutefois pas réduire directement le coût du pétrole ou des transports provoqué par un conflit. Il agit surtout sur les effets secondaires : une économie trop dynamique peut permettre aux hausses de prix de se prolonger dans les services et les salaires.
Le resserrement comporte donc un coût. Il alourdit les échéances de nombreux emprunteurs et peut ralentir les embauches ou les investissements. Mais les responsables de la Fed jugent pour l’instant que le marché du travail et l’activité peuvent supporter cette décision. Ils prévoient un chômage limité à 4,1 % à la fin de 2026 et ont relevé leur estimation de croissance à 2,3 % au dernier trimestre, contre 2,2 % dans leurs prévisions de juin, selon RFI.
La hausse intervient aussi alors que l’inflation pèse déjà sur le revenu réel. The Guardian rapporte qu’en août, les gains horaires, corrigés de l’inflation, ont diminué de 0,1 % sur un an.
Une nouvelle hausse envisagée, avec des projections divergentes
Les dirigeants de la Fed envisagent majoritairement un nouveau relèvement avant la fin de l’année. Les deux sources divergent toutefois sur le niveau anticipé. RFI évoque une médiane de projections située entre 4 % et 4,25 %. The Guardian indique que quatre responsables anticipent une fourchette de 4,25 % à 4,5 %.
Ce désaccord sur le détail des prévisions ne change pas le signal central : la Fed ne considère pas la lutte contre l’inflation achevée. The Guardian rapporte que ses responsables n’attendent un retour vers l’objectif de 2 % qu’aux environs de 2029.
Un test d’indépendance pour Kevin Warsh
La décision place Kevin Warsh, président de la Fed désigné par Donald Trump, en opposition ouverte avec les préférences du président. Donald Trump réclame des taux plus bas afin de soutenir la croissance et avait attendu de son choix à la tête de la banque centrale qu’il réduise les taux.
La Maison Blanche a aussi mis en cause le comité de politique monétaire. Le conseiller économique Kevin Hassett a estimé qu’il n’y avait pas de raison de relever les taux à ce stade, tout en affirmant qu’il était important de ne pas modifier la politique monétaire avant une élection pour préserver l’indépendance de l’institution.
L’indépendance d’une banque centrale ne signifie pas qu’elle échappe à toute critique. Elle signifie que les décisions sur les taux sont prises par ses instances, au regard de l’inflation et de l’activité, plutôt qu’en fonction de l’intérêt électoral immédiat du pouvoir exécutif. Le vote unanime et la hausse décidée malgré les demandes présidentielles constituent donc un test concret de cette autonomie.
La prochaine étape sera la trajectoire des prix, particulièrement de l’énergie, et la capacité de l’économie américaine à absorber un crédit plus coûteux sans forte dégradation de l’emploi.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



