En Suisse, la pauvreté reste stable malgré les aides sociales
En 2024, 743 000 personnes vivaient sous le seuil de pauvreté. Les données montrent l’effet protecteur des prestations, mais aussi les limites d’un système aux barèmes fragmentés.
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L’essentiel
- En 2024, 8,4 % de la population suisse, soit environ 743 000 personnes, vivait sous le seuil de pauvreté.
- Les travailleurs, les familles, les personnes seules et les retraités figurent parmi les publics signalés par les CSP.
- Sans prestations sociales, la pauvreté absolue aurait concerné 16,4 % de la population, selon le monitoring national.
- Les CSP demandent des minima vitaux mieux harmonisés et adaptés au coût de la vie.
La Suisse n’a pas atteint son objectif de réduction de la pauvreté. En 2024, 8,4 % de la population, soit environ 743 000 personnes, vivaient sous le seuil de pauvreté, d’après le premier monitoring national publié par la Confédération fin novembre 2025.
Le phénomène ne correspond donc pas à une dégradation récente et soudaine. Le taux a progressé sur dix ans, surtout entre 2014 et 2017, avant de se stabiliser à un niveau voisin de 8 % depuis lors. Cette stabilité signifie aussi que les dispositifs actuels n’ont pas permis de faire reculer durablement la pauvreté.
Travailler ne met pas toujours à l’abri
Les personnes en emploi font partie des catégories exposées. En 2024, 4,3 % des actifs occupés, soit environ 175 000 personnes, vivaient sous le seuil de pauvreté. Les Centres sociaux protestants (CSP) disent aussi recevoir des ménages actifs dont le budget laisse une marge presque inexistante face à une dépense imprévue.
Les CSP mentionnent également les familles, les personnes seules et les retraités parmi les publics qu’ils rencontrent. Ils soulignent que la pauvreté mesurée ne couvre pas toute la précarité : une partie des ménages se situe juste au-dessus des seuils statistiques, tout en ayant recours à l’aide alimentaire ou à des dépannages financiers. Certaines personnes alternent par ailleurs entre autonomie financière et aide sociale.
Ces situations ne permettent pas, à elles seules, d’établir la part respective des bas salaires, des charges ou de la composition des ménages. Elles montrent en revanche que le franchissement d’un seuil statistique ne résume pas la capacité réelle à absorber un imprévu.
Un filet social qui protège, sans tout résoudre
Les prestations sociales ont un effet mesurable. Sans elles, le taux de pauvreté absolue aurait atteint 16,4 % de la population, soit près de 1,5 million de personnes, selon le monitoring national. Elles évitent donc que beaucoup plus de personnes ne tombent sous ce seuil.
Mais le système ne repose pas sur une définition unique du minimum vital, c’est-à-dire les ressources minimales censées couvrir les besoins essentiels. Prestations complémentaires AVS/AI, aide sociale, minimum insaisissable dans les poursuites, aides liées à l’asile et aide d’urgence relèvent de barèmes et de cadres juridiques différents. Les pratiques cantonales ajoutent une couche de disparités.
Pour les CSP de Berne-Jura, Genève, Neuchâtel et Vaud, cette fragmentation contribue aux écarts entre les aides disponibles et les situations vécues. L’organisation estime que certains minima ne couvrent plus suffisamment les besoins réels. Il s’agit de son analyse et de sa revendication, non d’une conclusion chiffrée du monitoring.
Les CSP demandent un socle commun à l’échelle fédérale, des montants régulièrement ajustés au coût de la vie et de meilleures données cantonales comparables. La Confédération doit encore élaborer une stratégie nationale contre la pauvreté d’ici à 2027. Le point à suivre sera donc de savoir si cette stratégie fixe des mesures concrètes, leur financement et un moyen d’en évaluer les résultats.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.



