En Turquie, l’anticipation électorale ouvre la voie à Erdogan
Un conseiller présidentiel évoque un scrutin avancé en avril 2028. La procédure pourrait permettre à Recep Tayyip Erdogan de se représenter, mais elle dépend d’un vote parlementaire hors de portée de sa seule coalition.
L’essentiel
- Une présidentielle anticipée en avril 2028 est envisagée afin de permettre à Recep Tayyip Erdogan de se représenter.
- La procédure décrite requiert le soutien de 360 députés sur 600, alors que l’AKP et ses alliés disposent de 326 sièges.
- Le pouvoir devrait donc négocier des soutiens supplémentaires ou explorer une réforme constitutionnelle, dont aucun projet n’est détaillé.
- Le vote parlementaire et, ensuite, le scrutin présidentiel demeurent les contre-pouvoirs formels mentionnés par les sources.
Recep Tayyip Erdogan pourrait briguer un nouveau mandat présidentiel à la faveur d’une élection anticipée en 2028. L’hypothèse a été avancée le 17 septembre par Mehmet Uçum, conseiller du président turc pour les affaires juridiques. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’une décision formelle de convoquer les électeurs.
Le mandat en cours doit théoriquement s’achever au printemps 2028. Selon les sources citées, la Constitution empêcherait le chef de l’État de se représenter s’il allait jusqu’à son terme. Une élection organisée avant cette échéance constituerait donc la voie envisagée pour rendre une nouvelle candidature possible.
Mehmet Uçum a avancé la date du 16 avril 2028, soit environ un mois avant la fin prévue du mandat de cinq ans. Il a assuré que ce serait le dernier mandat de Recep Tayyip Erdogan en cas de victoire.
Le Parlement détient la clé du calendrier
La condition juridique mise en avant est un vote favorable de 360 députés sur les 600 que compte le Parlement turc pour décider de nouvelles élections. Ce seuil est le premier contre-pouvoir concret dans la procédure décrite : le président ne dispose pas, avec sa seule majorité, des voix nécessaires.
Le Parti de la justice et du développement (AKP) et ses alliés contrôlent 326 sièges. Il leur manquerait donc 34 voix. Le pouvoir devrait obtenir des ralliements parmi les autres formations, au prix de négociations politiques, ou emprunter une autre voie institutionnelle.
Mehmet Uçum avait aussi évoqué en juin une dissolution du Parlement afin de provoquer un scrutin anticipé. Les sources mentionnent également la possibilité d’un projet de révision constitutionnelle. Mais aucun texte de réforme ni accord avec des députés extérieurs à la coalition n’est présenté. La possibilité juridique évoquée par le conseiller ne vaut donc pas encore décision politique.
Une opposition affaiblie mais un vote incertain
La séquence intervient dans un contexte plus défavorable pour l’opposition. Celle-ci avait remporté sa plus forte victoire contre le pouvoir lors des élections locales organisées un an après la présidentielle de 2023. Son candidat présidentiel désigné, le maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu, a cependant été arrêté pour corruption en mars 2025 et placé en détention le jour même.
Cette affaire ne supprime pas le rôle des électeurs, qui resteraient appelés à trancher la présidentielle si elle était convoquée. Elle réduit néanmoins la marge de manœuvre du principal parti d’opposition, alors que son rival le plus en vue est détenu.
Depuis la révision constitutionnelle appliquée après le scrutin de 2018, la Turquie est passée d’un régime parlementaire à un régime présidentiel. Le président concentre désormais l’ensemble du pouvoir exécutif. Dans cette architecture, le Parlement conserve toutefois un levier décisif sur l’élection anticipée : sans le seuil de 360 voix décrit par le conseiller présidentiel, le calendrier annoncé ne peut pas être adopté par cette voie.
Au pouvoir depuis 2003, d’abord comme Premier ministre puis comme président depuis 2014, Recep Tayyip Erdogan chercherait ainsi un quatrième mandat présidentiel. La prochaine question n’est donc pas seulement celle de sa candidature, mais de sa capacité à réunir au Parlement les voix qui rendraient possible le scrutin anticipé.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

