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Monde

Amnesty documente un recrutement étranger russe sous contrainte

L’ONG estime que des étrangers attirés en Russie pour travailler ont ensuite été enrôlés et envoyés au front. Son enquête ouvre la question de poursuites pour traite d’êtres humains.

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L’essentiel

  • Amnesty International s’appuie sur des entretiens avec 15 prisonniers de guerre étrangers ayant combattu pour la Russie.
  • L’ONG décrit des promesses d’emploi, la confiscation de passeports et des documents incompréhensibles comme des instruments de contrainte.
  • Elle estime que ces pratiques peuvent relever de la traite et demande la collecte de preuves pour engager des poursuites.
  • Cette qualification reste une accusation de l’ONG et non une décision judiciaire.

Amnesty International accuse les autorités russes de recruter certains combattants étrangers pour la guerre en Ukraine par des procédés relevant, selon elle, de la traite des êtres humains. Présenté le 10 septembre à Kiev, son rapport repose sur des entretiens avec des prisonniers de guerre ayant combattu dans les rangs russes, détenus dans deux camps ukrainiens.

L’ONG a interrogé 15 personnes originaires du Brésil, de Colombie, de Cuba, d’Égypte, de Sierra Leone, du Sri Lanka, de Somalie et d’Afrique du Sud. Cet échantillon ne permet pas, à lui seul, de mesurer l’ampleur totale du phénomène. Il décrit cependant des méthodes de recrutement récurrentes, qui viseraient des personnes vulnérables économiquement et attirées par la perspective d’un emploi en Russie.

Deux voies de recrutement décrites

Le premier schéma rapporté passe par des annonces en ligne ou le bouche-à-oreille. Des personnes sont incitées à venir en Russie pour travailler, sans savoir, selon Amnesty, qu’elles risquent d’être intégrées aux forces armées. Une fois sur place, l’organisation affirme que leurs passeports peuvent être retirés, que des documents en russe leur sont soumis sans explication compréhensible et qu’une formation leur est dispensée dans une langue qu’elles ne maîtrisent pas, avant leur envoi au front.

Des témoignages recueillis par l’AFP lors d’une visite dans un centre de détention en février vont dans le même sens. Plusieurs prisonniers de guerre étrangers avaient affirmé avoir été trompés par des contrats rédigés en russe. Ils avaient aussi évoqué une préparation limitée, un équipement insuffisant et des difficultés à communiquer avec leur hiérarchie.

Le second mécanisme concernerait des étrangers déjà présents en Russie, notamment lorsqu’ils se trouvent en situation irrégulière. D’après Amnesty, l’enrôlement leur serait proposé contre une régularisation ou l’obtention d’un passeport. L’organisation décrit un profil fréquent : des hommes de moins de 40 ans, en précarité économique, issus du « Sud global » et venus pour une promesse d’emploi.

Les autorités ukrainiennes disent avoir identifié, en avril, plus de 28 000 ressortissants de 136 pays engagés dans les forces russes depuis le début de l’invasion en 2022. Elles ajoutent environ 14 000 soldats nord-coréens à ce décompte. Ces données sont celles de Kiev et ne constituent pas le résultat de l’enquête d’Amnesty.

Une qualification juridique à établir

Amnesty fonde son accusation sur l’article 3 du protocole de Palerme, ratifié dans le cadre des Nations unies. Pour l’ONG, les éléments rapportés correspondent aux composantes de la traite : le déplacement de personnes, l’usage de contraintes, de fausses promesses ou de violences, puis une situation d’exploitation.

Cette qualification n’est pas une décision de justice. Elle suppose que les faits soient établis et que les responsabilités soient attribuées. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, estime que des personnes travaillant pour l’État russe savent que les recrues sont des victimes potentielles de traite. Si cela était démontré, l’ONG considère qu’elles pourraient être tenues de rendre des comptes pour leur complicité présumée.

Amnesty appelle l’Ukraine et les États dont sont originaires les recrues à conserver et recueillir les preuves en vue de poursuivre les responsables. Or, selon Agnès Callamard, Kiev n’a pas encore créé de dispositif permettant d’identifier d’éventuelles victimes parmi les prisonniers de guerre, et cette enquête ne figure pas parmi ses priorités.

L’organisation souligne aussi les limites de son travail : elle ne peut pas enquêter en Russie sur d’éventuels prisonniers ayant combattu aux côtés de l’Ukraine, car elle y est considérée comme un « agent de l’étranger ». Moscou et Kiev s’accusent par ailleurs mutuellement de recourir à des combattants étrangers. L’Ukraine emploie elle aussi des étrangers, notamment colombiens, selon les sources disponibles.

Sources

Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.

  1. France 24 — Europefrance24.com
  2. RTS Inforts.ch