Au Népal, la catastrophe révèle les failles de la prévention en montagne
La crue du 26 août a dévasté des vallées du nord du Népal et laissé plus de 5 000 personnes portées disparues. La fonte glaciaire est en cause, mais l’aménagement et l’alerte sont aussi interrogés.
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L’essentiel
- La catastrophe du 26 août a fait plus de 1 300 morts au Népal et laissé plus de 5 000 personnes portées disparues selon les bilans disponibles.
- Le détachement de roche et de glace au Langtang Lirung a provoqué une coulée destructrice dans la vallée de la Lhende Khola.
- La fonte accélérée des glaciers accroît les risques, mais un spécialiste met aussi en cause les lacunes d’aménagement, de cartographie et de surveillance.
- Le gouvernement népalais réclame une compensation internationale pour les pertes et dommages climatiques.
La catastrophe qui a frappé le nord du Népal le 26 août a pris l’ampleur d’un désastre humain majeur. Une masse de roche et de glace s’est détachée sur la face nord du Langtang Lirung, à environ 5 200 mètres d’altitude. Elle a dévalé la vallée de la Lhende Khola sous la forme d’un mur d’eau, de glace et de débris, détruisant plusieurs vallées et infrastructures.
Le bilan reste évolutif. France 24 fait état de près de 1 400 morts et de 5 130 disparus au Népal, parmi lesquels environ 600 ressortissants de 35 pays. La RTS rapporte pour sa part au moins 1 410 morts et 5 651 disparus au total au Népal et en Chine. Selon ce décompte, 1 367 personnes sont mortes et 5 132 sont portées disparues du côté népalais. Cette différence rappelle que les autorités travaillent encore dans une zone ravagée, où de nombreuses victimes n’ont pas été retrouvées ou identifiées.
Les secours se poursuivent tandis que les familles attendent des nouvelles de leurs proches. Les autorités doivent conserver et identifier des centaines de corps, parfois très dégradés par les eaux. Pour les survivants, l’urgence ne se limite pas au sauvetage : des milliers de logements sont détruits ou inhabitables, les sources d’eau sont contaminées et les équipements essentiels ont été endommagés.
Une catastrophe climatique, mais pas seulement
Le gouvernement népalais met en avant le réchauffement climatique. La fonte accélérée des glaciers himalayens augmente notamment le risque de lacs proglaciaires : ces retenues d’eau, contenues par de la glace ou des débris rocheux, peuvent se vider brutalement si leur barrage naturel cède à la suite d’un glissement de terrain ou d’un séisme.
L’enjeu est considérable dans l’ensemble de l’Hindou Kouch et de l’Himalaya. D’après une étude citée par la RTS du Centre international pour le développement intégré des montagnes, les quelque 56 000 glaciers de cette région ont fondu 65 % plus vite entre 2011 et 2020 que durant la décennie précédente. Ils pourraient perdre jusqu’à 80 % de leur volume d’ici la fin du siècle.
Le géologue Michel Jaboyedoff estime toutefois que l’explication climatique ne suffit pas à clore le débat. Il juge probable que le réchauffement ait joué un rôle, tout en relevant les faiblesses de l’État népalais dans l’aménagement du territoire et la surveillance des dangers naturels. Il cite notamment la présence de nombreuses habitations dans le lit des rivières et au fond des vallées, des secteurs particulièrement exposés lorsqu’une coulée descend de la montagne.
Cartographier, surveiller, alerter
Prévenir de telles catastrophes suppose de repérer les zones instables, de les cartographier et d’y installer des instruments de surveillance. Or l’Himalaya couvre environ 600 000 km², selon Michel Jaboyedoff. L’imagerie satellite offre une observation périodique, mais elle ne remplace pas les inspections de terrain nécessaires pour connaître l’état précis des glaciers, des versants et des lacs.
Le spécialiste appelle à créer un centre de recherche népalais soutenu financièrement de l’extérieur, afin de développer les capacités scientifiques, techniques et de communication vers les populations. La question est aussi politique : les règles d’urbanisation et d’alerte ne protègent que si l’État est en mesure de les imposer et si les habitants disposent d’informations utilisables à temps.
Katmandou entend parallèlement réclamer une compensation via le Fonds des Nations unies destiné aux pertes et dommages liés au climat. Le Premier ministre Balendra Shah doit défendre cette demande devant l’Assemblée générale annuelle des Nations unies ce mois-ci. L’aide financière pourra contribuer à la reconstruction, mais elle ne remplacera ni la surveillance du territoire ni des règles appliquées dans les zones les plus vulnérables.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


