Londres cherche à rester dans les chaînes du plan « Made in Europe »
Le Royaume-Uni demande à l’UE de ne pas réserver son futur soutien industriel aux seuls États membres. L’accès britannique pourrait peser sur des filières déjà intégrées, de l’automobile à la défense.
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L’essentiel
- John Healey demande que le futur programme industriel européen ne ferme pas la porte aux entreprises britanniques.
- Une proposition évoquée limiterait le mécanisme aux États membres de l’UE, malgré une ouverture initialement envisagée aux partenaires de libre-échange.
- L’exclusion du Royaume-Uni pourrait affecter des chaînes industrielles intégrées, notamment dans l’automobile, la technologie et la défense.
Le Royaume-Uni veut éviter une nouvelle barrière dans ses relations commerciales avec l’Union européenne. À Dublin, le chancelier John Healey doit plaider auprès des ministres européens des Finances pour que les futures règles industrielles de l’UE ne ferment pas l’accès aux entreprises britanniques.
Le dispositif visé est surnommé « Made in Europe » et porte officiellement le nom d’Industrial Accelerator Act. Le texte est encore examiné par l’Union. Son objectif est de protéger l’industrie manufacturière européenne contre ce que Bruxelles considère comme une concurrence chinoise déloyale, notamment par des restrictions visant des biens provenant de pays extérieurs à l’UE.
Londres ne demande donc pas l’adhésion à l’Union, mais une place dans le champ d’application du futur mécanisme, ou une dérogation. John Healey souhaite que les règles renforcent les liens avec le Royaume-Uni au lieu d’ajouter des obstacles. Sa démarche porte en particulier sur les entreprises de technologie, de défense et de production industrielle.
Le risque d’un dispositif réservé aux membres de l’UE
La principale difficulté concerne les critères d’éligibilité. Selon l’ancien négociateur commercial britannique Crawford Falconer, une première version du projet aurait permis d’inclure des pays liés à l’UE par un accord de libre-échange, ce qui aurait couvert le Royaume-Uni. Une proposition ultérieure recommanderait au contraire de limiter le dispositif aux seuls États membres.
C’est cette orientation que Londres cherche à infléchir. À ce stade, les sources ne précisent ni le statut exact que l’Union serait prête à offrir aux entreprises britanniques, ni les conditions financières ou juridiques d’un éventuel accord.
L’expérience récente rend le gouvernement britannique prudent. Les négociations pour rejoindre un programme européen de prêts destinés à la défense ont échoué l’an dernier, sur fond de désaccord sur la contribution financière que le Royaume-Uni aurait dû verser. John Healey entend tirer les leçons de cet échec, tout en affirmant qu’un rapprochement avec l’UE ne se ferait pas à n’importe quel prix pour Londres.
Des chaînes de production déjà mêlées
L’enjeu est concret pour les industriels qui produisent de part et d’autre de la Manche. Nissan a souligné plus tôt cette année que les industries britannique et européenne sont étroitement liées. Le constructeur a averti qu’une préférence limitée aux assemblages réalisés dans l’UE pourrait dégrader la compétitivité, désorganiser les chaînes d’approvisionnement intégrées et compliquer la transition européenne vers les véhicules électriques.
Pour les entreprises britanniques, une exclusion pourrait signifier un accès moins favorable à des marchés ou à des soutiens publics européens. Pour les donneurs d’ordre de l’UE, elle pourrait aussi réduire le choix de fournisseurs dans certains secteurs, notamment lorsque la fabrication est répartie entre plusieurs pays.
La discussion dépasse ainsi le seul texte industriel. Elle teste la possibilité d’un rapprochement économique pragmatique après le Brexit, sans remettre en cause la séparation institutionnelle entre Londres et Bruxelles. Un sommet destiné à relancer les relations entre les deux parties, initialement retardé après la démission de Keir Starmer, est désormais attendu en novembre. Il pourrait fournir un cadre politique au dossier, mais aucune décision sur « Made in Europe » n’est annoncée à ce stade.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


