Le Pentagone admet que la guerre en Iran a entamé ses stocks
Un rapport du département de la Défense américain chiffre le coût des munitions consommées et reconnaît des déficits stratégiques. Il met en lumière les limites logistiques d’un conflit prolongé.
·

L’essentiel
- Le rapport de l’inspecteur général du Pentagone reconnaît des déficits dans les stocks stratégiques de munitions après les opérations contre l’Iran.
- Sur 33,4 milliards de dollars dépensés entre fin février et fin juin, 22,3 milliards ont concerné les munitions.
- Les dégâts sur les bases et le déplacement de lignes logistiques compliquent le soutien d’un conflit prolongé.
- L’état précis des stocks américains et alliés, comme le calendrier de leur reconstitution, n’est pas établi par les sources disponibles.
Le département américain de la Défense reconnaît pour la première fois que la guerre contre l’Iran a créé une pénurie de munitions. Le constat figure dans un rapport de son inspecteur général remis au Congrès et publié lundi.
Entre le 28 février et le 30 juin, l’opération américaine baptisée « Epic Fury » a coûté environ 33,4 milliards de dollars. Les seules munitions ont représenté 22,3 milliards de dollars. Autrement dit, près des deux tiers de la dépense directement recensée sur cette période ont porté sur les armes tirées.
Le document évoque des déficits dans les inventaires stratégiques, c’est-à-dire les réserves destinées à répondre à de futurs besoins militaires. Il relève aussi des goulets d’étranglement dans l’industrie de défense pour renouveler les munitions, particulièrement les armes avancées.
Une capacité de combat, mais une marge réduite
Cet aveu ne signifie pas que les forces américaines ne peuvent plus mener d’opérations. Le Pentagone souligne avoir pris des mesures pour accélérer la production. Donald Trump affirme de son côté que les États-Unis fabriquent davantage d’armes sophistiquées qu’à toute autre période et qu’elles sont livrées quotidiennement aux forces déployées au Moyen-Orient.
Mais le rapport apporte une nuance concrète à ces assurances. Une armée peut disposer des armes nécessaires à court terme tout en voyant sa liberté d’action se réduire si elle doit préserver certains missiles ou intercepteurs. La question n’est donc pas seulement celle de l’existence d’un stock, mais de sa vitesse de reconstitution face au rythme des tirs et à la capacité industrielle disponible.
Le conflit a mobilisé plus de 50 000 militaires américains dans le Golfe, selon le rapport. Il a aussi entraîné des pertes matérielles : quatre chasseurs F-15 ont été détruits, un F-35 endommagé, ainsi que sept avions ravitailleurs KC-135 endommagés ou détruits. Jusqu’à 30 drones MQ-9 Reaper auraient également été détruits.
Des bases touchées et une logistique déplacée
La pénurie intervient alors que les infrastructures américaines régionales ont elles aussi subi des dommages. Des centaines de bâtiments et de structures ont été touchés ou détruits dans des bases situées notamment au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Irak, à Oman et en Jordanie.
Les dégâts d’infrastructure sont évalués à 184 millions de dollars, en plus du coût de l’opération. Le rapport ne dit pas quels sites seront reconstruits ni qui assumera la facture. À Bahreïn, les attaques de drones et de missiles balistiques iraniens ont conduit le Commandement central américain à déplacer certaines lignes d’approvisionnement vers des plateformes plus éloignées, dont Diego Garcia.
Cette contrainte logistique compte autant que le nombre de munitions disponibles : acheminer des armes depuis des sites plus lointains complique et renchérit le soutien d’opérations prolongées.
Les alliés régionaux sont concernés, sans que les sources disponibles permettent de chiffrer l’état de leurs propres stocks. Plus de 44 milliards de dollars de ventes militaires ont été conclus pendant la même période, principalement avec l’Arabie saoudite, mais aussi avec le Qatar, le Koweït, les Émirats arabes unis et Israël. Ces contrats incluent des munitions, des systèmes de précision et leur soutien.
Le rapport établit donc un coût militaire et industriel élevé. Il ne permet pas encore de dire à quel niveau exact se situent les réserves américaines restantes, ni à quelle échéance elles pourront être reconstituées. C’est ce point qui déterminera la capacité de Washington à maintenir durablement la même intensité de combat, tout en continuant à équiper ses partenaires.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


