Allemagne : un centenaire visé pour des meurtres dans un stalag nazi
Le parquet de Dortmund enquête sur un ancien gardien présumé du Stalag 326 VI K. La procédure illustre ce que la justice allemande peut encore poursuivre, malgré le temps écoulé.
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L’essentiel
- Un homme de 105 ans est visé par une enquête pour complicité présumée de plusieurs meurtres au Stalag 326 VI K.
- En Allemagne, le meurtre et la complicité de meurtre ne se prescrivent plus depuis 1979.
- La jurisprudence permet de poursuivre des personnes ayant participé au fonctionnement criminel d’un camp sans preuve d’un homicide direct.
- Le dossier remet en lumière le sort des prisonniers de guerre soviétiques détenus dans le système nazi.
Le parquet de Dortmund enquête sur un homme de 105 ans, soupçonné d’avoir été complice de plusieurs meurtres au Stalag 326 VI K, un camp de prisonniers de guerre nazi situé dans la région de Senne, en Allemagne de l’Ouest.
Le suspect aurait exercé comme gardien dans ce camp. Aucune autre précision sur son identité n’a été rendue publique. L’enquête n’est pas un procès et aucune date d’audience n’est annoncée. Un second dossier visant un ancien gardien présumé du même site était en cours, mais l’intéressé est mort à 99 ans, selon le parquet.
Ce qui reste justiciable
En Allemagne, le meurtre et la complicité de meurtre ne sont plus soumis à prescription depuis 1979. Cette règle permet donc encore d’instruire des faits commis pendant la Seconde Guerre mondiale, même plus de huit décennies après la fin du conflit.
La difficulté est désormais autant matérielle que judiciaire. Les suspects encore en vie sont très âgés, ce qui peut empêcher la tenue d’un procès ou l’exécution d’une peine. L’ancien gardien de Sachsenhausen Josef Schütz avait été condamné en 2022 à cinq ans de prison pour complicité de meurtre. Il est mort l’année suivante, pendant la procédure d’appel, sans avoir été emprisonné. Une ancienne secrétaire du camp de Stutthof, condamnée pour complicité de meurtre, avait elle aussi reçu une peine avec sursis.
La jurisprudence allemande a évolué avec le dossier de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibór condamné en 2011. Les procureurs avaient soutenu qu’il pouvait être complice des crimes du camp sans preuve qu’il ait tué directement une victime. Cette approche a permis de viser plus largement les personnes ayant contribué au fonctionnement d’un appareil de mise à mort, y compris dans des fonctions de garde ou administratives.
Le système des stalags en lumière
Le Stalag 326 VI K fut l’un des grands camps de transit et de détention pour les prisonniers de guerre soviétiques. Entre 180 000 et 200 000 d’entre eux y ont été enregistrés entre 1941 et avril 1945. Des prisonniers français, polonais, serbes et belges y furent également détenus.
Les conditions de détention y étaient marquées par les mauvais traitements, la sous-alimentation et le travail forcé dans la région. De nombreux prisonniers y sont morts et des dizaines de milliers sont enterrés sur place. Selon les sources citées, un tiers des prisonniers de guerre soviétiques arrivés dans l’Allemagne nazie sont passés par le complexe de Senne.
À l’échelle du Reich, plus de 5,3 millions de soldats soviétiques ont été détenus par l’Allemagne nazie et plus de la moitié n’ont pas survécu. Une éventuelle audience dans le dossier de Senne pourrait donc documenter non seulement le rôle individuel du suspect, mais aussi le fonctionnement d’un système de camps de prisonniers longtemps moins présent dans les procès que les camps de concentration et d’extermination.
L’enquête avait d’abord été ouverte par l’Office central d’enquête sur les crimes nationaux-socialistes de Ludwigsburg, avant sa transmission au parquet de Dortmund. Celui-ci devra établir les faits imputables au suspect et déterminer s’il est en état de comparaître.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


