La Russie place les actifs de Nestlé et de groupes français sous administration
Un décret de Vladimir Poutine confie provisoirement plusieurs filiales étrangères à une société russe. Les groupes conservent leurs titres, mais perdent la main sur les décisions locales.
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L’essentiel
- Un décret russe place sous administration temporaire des filiales de Nestlé et des actifs liés à Auchan, Lemana Pro et FM Logistic.
- Nestlé conserve la propriété de ses deux filiales, mais ne peut plus prendre de décisions à leur égard.
- Les entreprises demandent des précisions ou évaluent leurs options, sans recours précis annoncé.
- La mesure augmente l’incertitude sur le contrôle effectif des investissements étrangers maintenus en Russie.
Le président russe Vladimir Poutine a ordonné le placement sous « administration temporaire » de participations détenues en Russie par Nestlé, Auchan, l’ancien réseau Leroy Merlin et trois filiales de FM Logistic. Le décret, publié le 17 septembre, confie leur gestion à la société russe L.E.V. Management.
La mesure ne correspond pas, à ce stade, à un transfert de propriété. Nestlé demeure propriétaire de ses deux filiales visées, Nestlé Russia et Nestlé Kuban. Mais le groupe ne peut plus décider pour elles, selon les précisions rapportées par l’AFP. C’est la différence essentielle entre une nationalisation formelle et cette mise sous administration : les titres restent aux actionnaires étrangers, tandis que le contrôle opérationnel passe à un administrateur désigné en Russie.
Une décision qui atteint des entreprises encore présentes
Pour Nestlé, les filiales concernées exploitent six usines produisant notamment du café, des confiseries, des aliments pour nourrissons et de la nourriture pour animaux. Après l’invasion de l’Ukraine en 2022, le groupe n’avait pas cessé toute activité dans le pays. Il avait maintenu l’approvisionnement alimentaire, y compris dans les régions affectées par le conflit, tout en réduisant fortement le reste de ses opérations.
L’importance financière du marché russe est évaluée différemment selon les sources citées. Swissinfo, reprenant Keystone-ATS, indique environ 2 % du chiffre d’affaires de Nestlé. L’analyste Jean-Philippe Bertschy, de Vontobel, l’estime à un peu plus de 1 % aujourd’hui, contre 2 % en 2021. Cette baisse refléterait la suspension de la plupart des ventes, importations et exportations non essentielles, ainsi que de la publicité et des investissements en capital.
Auchan est également concerné à travers les parts détenues par la société française Sogepar. Sa filiale russe indique avoir demandé des explications aux autorités. Le réseau recense plus de 33 000 salariés et 241 magasins en Russie, dont 62 hypermarchés.
Le décret vise aussi Lemana Pro, nom pris en Russie par l’ancien Leroy Merlin. Le contrôle du réseau avait été cédé par Adeo à un management local en 2023, avant le rachat par Scenari Holding, établie aux Émirats arabes unis. L.E.V. Management reçoit l’administration de 99,993 % des parts détenues par Scenari Holding et de 0,007 % détenus par Adeo. Lemana Pro affirme ne pas avoir reçu d’information des autorités et avoir, elle aussi, sollicité des clarifications.
Des marges de manœuvre limitées par la perte de contrôle
Nestlé dit évaluer la situation et les options disponibles. Le groupe annonce vouloir prendre les mesures nécessaires pour défendre ses droits et maintenir ses activités, en particulier dans l’intérêt de ses salariés. Auchan et Lemana Pro ont, pour leur part, commencé par demander les bases précises de la procédure.
Aucune action juridique concrète, ni calendrier de sortie de l’administration temporaire, n’est annoncé dans les éléments disponibles. Les entreprises doivent donc d’abord déterminer la portée effective du décret : pouvoir de gestion de l’administrateur, continuité des contrats, sort des revenus et capacité des propriétaires à intervenir.
Le choix de l’entité chargée de l’administration ajoute à l’incertitude. Novaïa Gazeta Europa affirme que L.E.V. Management a été fondée fin 2025, est dirigée par Andreï Kraiouchkine, général du ministère russe de l’Intérieur, et n’avait alors qu’un salarié sans activité comptable connue. Ses propriétaires ne sont pas identifiés par ce média.
Depuis 2022, de nombreuses multinationales ont quitté la Russie, suspendu leurs opérations ou vu leurs actifs transférés à des sociétés russes. Ce décret rappelle aux groupes restés sur place que conserver des actifs et des salariés ne garantit pas la conservation du pouvoir de les administrer. Pour les investisseurs étrangers, le risque porte désormais aussi sur la capacité concrète à exercer les droits attachés à leurs participations.
Sources
Cet article a été écrit à partir des articles ci-dessous, publiés par 2 rédactions indépendantes.


